Le vote des citoyens sera déterminé par les attitudes et les positions à l’égard des événements déroulés en avril dernier

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Interview avec Igor Munteanu, directeur exécutif de l’Institut pour le Développement et les Initiatives Sociales

Interview par Valeriu Cațer et Elena Cioina publiée sur http://www.europalibera.org

Elena Cioina : Monsieur Munteanu, dix concurrents se sont inscrits dans la course électorale. Ne sont-ils pas à nouveau trop nombreux ?

Igor Munteanu Igor Munteanu : Bien sûr, il y a apparemment une inflation de partis, mais ce fait est d’un côté lié à l’obstacle imposé par la législation qui interdit de constituer des alliances électorales et, d’autre côté, au fait que certains partis craignent d’être radiés du registre des organisations sociales-publiques à cause de la non-participation aux élections. En tout cas, le fait de ne pas avoir accepté l’inévitable, soit que certains partis reconnus et connus par le public ont plus de chances que les partis qui viennent de s’engager dans la campagne électorale, aura une influence sur les résultats : 10-15℅ des voix seront gaspillées. C’est ça, le résultat de la participation aux élections des partis peu connus.

Valeriu Cater : Si certains partis s’engagent dans la campagne électorale par peur d’être exclus de registres, comme vous venez de le dire, on a de nouveau, cette fois-ci, au moins un candidat indépendant. Pourquoi les candidats indépendants s’ambitionnent-ils à se lancer dans la course électorale, tout en étant probablement conscients qu’ils ont très peu de chances d’accéder au Parlement ?

Igor Munteanu : Personne n’a pu expliquer jusqu’à cet instant les motifs des ambitions humaines. D’autre part, il est certain que les candidats indépendants n’ont absolument aucune chance. Il est très important de comprendre le contexte dans lequel auront lieu ces législatives anticipées en Moldavie et il faut dire qu’elles se déroulent dans un régime restreint et, par conséquent, il faut être prudent lorsqu’on demande aux partis politiques des solutions concrètes, des programmes politiques bien développés, car, en fait, le vote des citoyens sera avant tout déterminé par les attitudes et les positions à l’égard des événements déroulés en avril dernier et, après - par les solutions aux problèmes sociaux et économiques. La crise économique et celle politique que nous avons affrontées en avril dernier ont d’une certaine façon déterminé le changement d’optique des citoyens sur les problèmes auxquels ils sont confrontés. Ce n’est pas en vain que certains partis politiques se sont lancés dans ces élections anticipées comme dans une guerre à la baïonnette. Et ce n’est pas en vain que certains partis politiques qui interagissent à présent à travers les slogans se donnent réciproquement des réponses : quand quelqu’un dit « blanc et noir », la réponse vient – « pas de guerres ». Lorsque le slogan « Nous sommes pour toi » est lancé, d’autre part on répond – « Pas d’extrémisme ». C’est-à-dire, ces partis politiques disposent d’un espace restreint de mouvement.

Elena Cioina : Tout de même, monsieur Munteanu, cette campagne et surtout celle de l’opposition est considérée par certains analystes de trop anémique. Est-ce vrai ?

Igor Munteanu : Je l’aurais appelée autrement– fatigante. Fatigante pour les acteurs électoraux et, en même temps, fatigante pour les citoyens. C’est trop – avoir deux élections à vitesse maximale au cours d’une année, dans des conditions où l’espace public est tellement restreint. Et je veux dire que ces élections se déroulent dans des conditions où les plus grands problèmes et défauts du système politique n’ont pas encore été éliminés. Le problème des listes électorales n’a pas encore été élucidé, l’accès des partis d’opposition aux mass-médias publics n’a pas été assuré, les attaques et les accusations massives de tentative de coup d’état à l’adresse des partis d’opposition n’ont pas cessé, tandis que les acteurs électoraux, surtout ceux au gouvernement, sont favorisés par le fait que la plupart des institutions de l’état travaillent en faveur d’un seul parti.

Valeriu Cater : Et alors, dans ces conditions où, comme vous l’affirmez, les données du problème n’ont pas changé, l’opposition, est-elle capable de faire face à la concurrence du parti au gouvernement ?

Igor Munteanu : Les partis d’oppositions tenteront de faire l’impossible, tenteront de transmettre au public leurs messages pour expliquer pourquoi ils sont restés dans la course électorale. Il reste à voir s’ils réussissent à le faire ou pas. Les résultats sont de plus en plus imprévisibles. Beaucoup plus imprévisibles qu’avant les élections du 5 avril. Toutefois, on peut remarquer que si aux mois de mai-juin, par exemple, il semblait qu’on aurait deux pôles – le pôle libéral et celui du Parti des Communistes, après le 3 juin on a pu voir apparaître un centre coagulateur. A quel point ce centre est-il véritable et authentique, capable de créer d’autres options, socio-démocratiques ? Beaucoup se posent diverses questions concernant les vraies intentions du groupement de Marian Lupu, parce que ce groupement semble gagner beaucoup de sympathies sur le centre-droite, ce qui était en fait l’intention de ce groupement, et moins de sympathies sur le centre-gauche et sur la gauche extrême. Evidemment, cette apparition recrée l’espace politique et électoral.

Valeriu Cater : Croyez-vous qu’aux côtés des trois partis d’opposition qui ont franchi le seuil électoral le 5 avril dernier, le Parti Démocrate rafraîchi par l’image de Marian Lupu va accéder dans le nouveau Parlement ? Est-ce ça qu’il faut comprendre ?

Igor Munteanu : Je crois qu’il existe une certaine chance d’avoir une autre structure politique, hors les trois partis libéraux. Mais on peut sans doute avoir des surprises liées aux partis libéraux, parce que même si le seuil électoral a baissé à ces élections on aura visiblement affaire à la participation réduite ou à la faible mobilisation des électeurs. Et ce n’est pas à cause du fait que les enjeux seraient moins importantes dans ces élections, mais parce qu’elles se déroulent à une période extrêmement inopportune pour l’exercice électoral – fin juillet. Toutes les forces politiques comprennent très bien ces contraintes.