Le problème transnistrien

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La constitution de la Moldavie fixe le cadre d’un Etat unitaire. Toutefois, l’article 2 de la loi fondamentale donne une base juridique à la politique de décentralisation : elle prévoit que les « agglomérations de la rive gauche du Nistru et certaines agglomérations du Sud de la Moldavie peuvent bénéficier de formes particulières d’autonomie ».

La Gagaouzie : un conflit qui appartient au passé

Cependant, si la Moldavie a su répondre aux aspirations de la minorité gagaouze sans porter atteinte aux principes de la souveraineté nationale, elle demeure confrontée à l’irrédentisme de la république autoproclamée de Transnistrie.

La minorité turcophone ne représente que 3 % de la population totale de la Moldavie et se concentre dans cinq districts du sud du pays (tout en ne représentant une majorité absolue que dans deux de ces districts), soit 13 % du territoire national.

En 1994, le Parlement de Chisinau a reconnu l’autonomie de l’unité territoriale-administrative Gagauze-Yeri, dotée d’un statut juridique spécial.

La sécession de la Transnistrie

La sécession de la Transnistrie constitue un problème d’une toute autre ampleur.

Carte de la Moldavie (en bleu) et de la Transnistrie (en jaune)
Carte de la Moldavie (en bleu) et de la Transnistrie (en jaune)

C’est une région que le gouvernement moldave ne contrôle pas et qui demeure sous occupation militaire russe. La Transnistrie est de facto une enclave russe entre la Moldavie et l’Ukraine. La plupart des russophones sont unilingues, alors que presque tous les Ukrainiens et les Moldaves sont bilingues (ukrainien-russe ou moldave-russe).

Les Russes et les Ukrainiens de Transnistrie manifestent un mépris évident pour tout ce qui n’est pas russe. La population moldave d’origine est considérée comme une simple minorité et elle n’est protégée ni par le pouvoir local, ni par les autorités moldaves, ni par les normes internationales. C’est pourquoi la discrimination ethnique est omniprésente, notamment dans le domaine des services, de l’éducation et de la culture.

La Transnistrie, problème majeur pour la Moldavie et la région

La sécession de facto de la Transnistrie met sérieusement à l’épreuve la jeune république ; cela l’ampute d’une partie importante de son territoire où se concentre le potentiel industriel du pays.

La Transnistrie est devenue un paradis pour les trafics de divers genres : contrebande de pétrole, d’alcool et de cigarettes, réseaux de prostitution et de drogue… Plus inquiétant encore : la Transnistrie a mis en place un commerce d’armes et de munitions qui échappe à tout contrôle international. Au début, ces ventes concernaient seulement les stocks de la XIVe armée russe, mais à partir des années 1993-1994, les sécessionnistes commercialisent aussi des d’armes et des munitions fabriquées dans les usines de Transnistrie équipées et modernisées.

L’absence de tout Etat de droit dans cette région constitue également un sujet de préoccupation. Même si elle ne bénéficie d’aucune reconnaissance internationale, la Transnistrie dispose aujourd’hui de son propre gouvernement, dirigé par Igor Smirnov, de son administration et de sa législation. Ce territoire constitue une survivance du système soviétique tant par le mode de gouvernement que par le système de régulation économique.

Personnes et marchandises circulent librement entre la Transnistrie et le reste du territoire moldave, car le gouvernement central n’a pas souhaité consacrer le séparatisme de Transnistrie par la mise en place d’un dispositif frontalier. Cependant, la nécessité de mieux contrôler la circulation des personnes et des flux de marchandises a conduit à instituer des postes douaniers mobiles.




Vers une sortie pacifique ?

La Moldavie ne s‘est naturellement pas résignée à la séparation de sa province. Une solution militaire apparaît cependant aujourd’hui totalement exclue. Le règlement pacifique s’impose comme la seule voie possible. La Moldavie a recherché la médiation de ses voisins tout en témoignant d’un réel effort d’ouverture vis-à-vis des autorités de Transnistrie.

La signature d’un mémorandum entre Chisinau et Tiraspol en mai 1997 a permis de définir le futur statut de la région sécessioniste autour de la notion d’ « Etat commun ». Depuis lors, les négociations n’ont toutefois pas amené au règlement du conflit transnistrien. Malgré les indéniables concessions de Chisinau, l’intransigeance du leader séparatiste Igor Smirnov constitue un réel obstacle à la conclusion d’un accord.

L'affiche d'Igor Smirnov
L’affiche d’Igor Smirnov

La communauté internationale

La Moldavie compte donc grandement sur la médiation de ses voisins immédiats, ainsi que de la communauté internationale dans le processus de réglement pacifique du différend transnistrien. Le processus de négociations comprend la Moldavie, la Transnistrie, l’Ukraine, la Russie et l’OSCE. Depuis 2005, les Etats-Unis et l’UE ont le rang d’observateur.