« Le problème identitaire au coeur de la crise en Moldavie »

Article repris sur http://www.lefigaro.fr

Depuis la proclamation des résultats des législatives, cette petite république frontalière de la Roumanie est en proie à de violentes manifestations. Petru Negura, docteur en sociologie et professeur à l’Université en Moldavie et à l’École des hautes études en sciences sociales (Paris), nous éclaire sur les origines de cette crise.

LE FIGARO.FR - Depuis l’annonce de la victoire des communistes aux législatives, de nombreuses personnes manifestent dans les rues, dénonçant des résultats truqués. Est-ce la seule raison du mécontentement ?

Petru NEGURA : - Le soupçon de fraude électorale a intensifié un mécontentement qui existait déjà. Les tensions entre les partis dits démocratiques et le Parti des communistes moldaves (PCM) [plutôt proche de la Russie et en froid avec la Roumanie, ndlr] existent depuis que le PCM est arrivé au pouvoir en 2001. La dernière crise remonte à 2003, année où le gouvernement a voulu changer les programmes d’histoire, notamment en imposant des manuels scolaires d’ « histoire de la Moldavie » à la place des habituels manuels d’« histoire des Roumains ». Les étudiants sont sortis dans la rue et ont manifesté pendant des mois, avant de réussir à obtenir un moratoire sur la question.

Sur quoi portent les tensions entre les partis démocratiques et les communistes ?

  • Les oppositions tournent principalement autour du clivage entre les Moldaves et les Roumains. Les tensions réapparaissent dès que le PCM tente d’imposer une loi ou une politique visant à renforcer l’identité moldave aux dépens de l’identification roumaine d’une partie de la population. Les autres sujets de discorde tournent autour de la politique extérieure, des relations du pays avec la Russie et la Roumanie. En 2007, lorsque la Roumanie est entrée dans l’Europe, les relations Roumanie-Moldavie se sont fortement détériorées, le président moldave privilégiant alors un rapprochement avec la Russie, surtout par intérêt économique (le gaz à prix préférentiel). Depuis, le PCM essaie d’entretenir des rapports de plus en plus chaleureux avec la Russie, en sacrifiant les bonnes relations avec la Roumanie et compromettant par-là le projet d’intégration européenne moldave. Ce qui déplaît aux partis démocratiques.

A-t-on des chiffres concrets sur la proportion roumains-moldaves au sein du pays ?

- D’après un sondage d’opinion réalisé par l’Institut des politiques publiques (IPP) de Chisinau en 2004, 81% des habitants de la République de Moldavie se considèrent comme Moldaves. Seuls 14% des personnes interrogées s’identifient comme Roumains et, 86% des gens (Moldaves et Roumains confondus) considèrent que le moldave est leur langue maternelle. Pour autant, ceux qui s’identifient comme Roumains et parlent la langue roumaine constituent une « minorité active », visible dans le pays, et présente dans certaines élites.

Quels sont les scénarios envisageables ?

  • La mobilisation sur Internet est très forte : emails, facebook, autres sites communautaires… Les jeunes sont notamment appelés vendredi matin avec leurs parents et amis à sortir dans la rue et à faire la « Révolution ». D’un autre côté, les chefs des partis démocratiques, alors qu’ils ont été à l’origine des manifestations, se s’ont fait ensuite très silencieux. De quoi se demander s’ils ne sont pas en train de négocier avec le PCM. Dans ce cas, la mobilisation ne durera pas longtemps.