Le premier ministre moldave : « Nous n’avons pas d’alternative à l’Europe »

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En dépit de la crise politique qui pénalise son pays, Vlad Filat veut maintenir la perspective d’une intégration de la Moldavie à l’UE.

La crise politique en Moldavie a éclaté en avril 2009 lorsque la victoire controversée aux législatives du Parti communiste, au pouvoir depuis 2001, a suscité un soulèvement. Les deux élections législatives suivantes, provoquées par l’impossibilité d’élire un président, ont donné la majorité à une coalition de trois partis proèeuropéens. Un référendum pour une élection présidentielle au suffrage universel direct a été invalidé en 2010, faute d’une participation suffisante.

La Moldavie veut croire en son avenir européen. Cette ancienne république soviétique de 3,5 millions d’habitants suit l’exemple de son grand frère roumain et souhaite se rapprocher de l’Union européenne (UE). Mais l’instabilité politique la tenaille. Arrivée au pouvoir après le mouvement démocratique d’avril 2009, l’Alliance pour l’intégration européenne n’a pu s’accorder sur un candidat pour le poste de président, vacant depuis deux ans. Le vote au Parlement, prévu vendredi 18 novembre, a été reporté. Le premier ministre, Vlad Filat, explique au Monde les raisons de cette crise.

Vlad Filat
Vlad Filat

La Moldavie n’a toujours pas de président. C’est une mauvaise publicité, deux ans après le mouvement démocratique qui vous a porté au pouvoir…

C’est une mauvaise chose. Pendant deux ans, nous n’avons pas eu assez de députés - 61 - pour désigner un président. Aujourd’hui, les trois députés dissidents communistes qui nous ont rejoints récemment veulent que le candidat ne soit pas issu d’un parti. Tous les leaders des partis sont coupables de ne pas avoir trouvé de compromis. L’opposition communiste en mal de revanche veut des élections anticipées.

Le Parlement va fixer une nouvelle date pour la désignation du président. Je reste optimiste. En cas d’échec, il y aura des élections anticipées. Elles ne seraient pas souhaitables, car elles arrêteraient les réformes. Depuis deux ans, on a renforcé le cours démocratique du pays et obtenu une forte croissance économique.

Pourquoi vouloir intégrer l’Union européenne, alors que le temps y est à l’orage ?

La Moldavie n’a pas d’alternative à l’intégration européenne. Nous avons une excellente dynamique. Nous discutons d’un accord d’association, d’une levée des visas, d’un accord sur le libre-échange. Il n’y a pas d’échéances, mais nous voulons aller au plus vite. Pour cela, nous avons besoin de stabilité. Et donc d’un président.

L’intégration comme état membre n’est pas un but en soi. Nous voulons répondre aux conditions posées. Le soutien de nos partenaires européens nous réjouit. Nous avons un sentiment de responsabilité. Nous remplissons toutes nos obligations. Notre croissance devrait atteindre 6,5 % cette année, avec 1,9 % de déficit. Nos exportations sont en hausse de 64 % au premier semestre.

N’assiste-t-on pas à une intégration silencieuse des Moldaves dans l’UE, en raison de la distribution de passeports par la Roumanie ? Bucarest a évoqué 800 000 demandes …

On ne dispose pas de tels chiffres. Les citoyens ont le droit à la double nationalité. Mais le régime sans visa avec l’UE est notre priorité, pour qu’on ne cherche pas à obtenir d’autres passeports pour la libre circulation. Je note aussi que des centaines de milliers de Moldaves vivent déjà dans l’UE, bien intégrés, sans avoir de passeport roumain. L’intégration, c’est aussi le fait que 50 % de nos exportations vont vers l’UE.

Lundi 21 novembre, vous devez rencontrer Vladimir Smirnov, le chef politique de la Transnistrie, territoire séparatiste dont vous espérez la réintégration. Quel serait le compromis acceptable ?

Le seul règlement possible est dans le respect de la Constitution moldave : un statut particulier, l’autonomie, dans une Moldavie indivisible. Il faut avancer par étapes. Avec Smirnov, nous évoquerons les mêmes sujets de vie quotidienne qu’au cours de nos quatre rencontres précédentes : la zone de sécurité, les transports de marchandises, la téléphonie, etc.

Nous parlerons aussi du premier round à venir du processus 5 + 2 - format des négociations sur la Transnistrie, avec la Russie, l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe, l’UE, les Etats-Unis et l’Ukraine - , qui reprendront après un long arrêt. L’implication personnelle d’Angela Merkel a été très importante.

Je voudrais militer pour que le premier round ait lieu fin novembre, début décembre à Vilnius. Il est facile de se cacher derrière des déclarations, mais les faits, têtus, sont de notre côté. Il faut que les soldats russes se retirent. La présence de troupes étrangères sur notre territoire est illégale. Nous devons aussi renforcer la confiance des citoyens vivant là-bas. Plus on se rapprochera de l’Europe, plus la vie ici sera meilleure, et plus cela sera un argument attractif pour eux.

Propos recueillis par Piotr Smolar

Source : www.lemonde.fr