Le ministre Leanca a plaidé à Paris pour que la voie de l’adhésion de la Moldavie à l’UE soit clairement ouverte

Article de Gilles Ribardière

Iurie Leanca
Iurie Leanca

Hasard du calendrier ou action concertée, deux importantes personnalités politiques moldaves se sont succédées à quelques jours près à Paris en vue de rencontres officielles. Ce fut d’abord le Ministre des Affaires Etrangères et de l’Intégration Européenne, Iurie Leanca, puis le Président du Parlement, Marian Lupu.

Tous deux ont fait une forte impression auprès de leurs divers interlocuteurs, s’attachant à faire partager leur conviction de presser l’Union Européenne d’accueillir en son sein la Moldavie. C’est en tout cas ce qu’il ressort des propos en particulier de Monsieur Leanca, les seuls que j’ai été en mesure d’entendre. Lors de sa conférence à Science Po, Monsieur Leanca a développé les thèmes suivants : la situation aujourd’hui de la Moldavie, l’accueil des autorités françaises, les relations avec le « voisinage », dont évidemment l’Union Européenne.

De façon très claire, Monsieur Leanca a indiqué que 2009 marquait un tournant : ces trois dernières années ont permis d’avancer sur la voie de la construction d’un pays vraiment démocratique, avec une meilleure organisation des pouvoirs publics, avec un meilleur respect de principe de la séparation des pouvoirs, sachant qu’en matière de justice il y a des grands progrès à faire. Il a souligné combien la presse était à présent plus libre qu’auparavant.

Il a fait remarquer que des pays du « Partenariat Oriental », la Moldavie était le seul dirigé par une coalition, ce qui, selon lui, était le gage d’une démarche respectueuse de la diversité des opinions, imposant aux membres de cette coalition l’exercice du compromis. Il confrontait cette situation avec celle en particulier de l’Ukraine aujourd’hui et de la Géorgie dont il espérait toutefois une évolution vers un réel pluralisme suite au changement de gouvernement. Il est intéressant de confronter son point de vue sur les bienfaits d’une coalition avec l’article daté du 5 février sur le site moldova.org ayant pour titre « La Russie continue de se renforcer en Transnistrie, tandis que les politiciens moldaves sont occupés à se disputer entre eux » … En tout cas, la conviction de Monsieur Leanca est ferme : l’existence d’une coalition majoritaire est un atout, tout compte fait une force pour tracer les voies de l’avenir malgré les dysfonctionnements que l’on peut observer à l’heure actuelle dans la conduite du pays. Elle est un indicateur de la maturité du personnel politique.

Le champs économique n’a pas échappé, selon lui, à un nouvel élan à compter de 2009 : même si 2012 a connu une stagnation, les deux précédentes années ont connu une progression de 14%.

Très fermement, Monsieur Leanca dit sa conviction que le processus de démocratisation se poursuivra, même si on ne peut écarter le danger d’un retour aux affaires du Parti des Communistes. Mais il y a deux ans d’action de l’Alliance à poursuivre, ce qui exclut des élections anticipées.

C’est donc fort d’un bilan, selon lui, positif quant à l’évolution de la Moldavie qu’il a pu rencontrer en particulier le Ministre de l’Intérieur, Manuel Valls. Les entretiens furent particulièrement positifs : toutes les questions en suspens furent abordées, notamment celle des visas qui pourrait déboucher en 2014. En tout cas, Manuel Valls a évoqué la possibilité de venir visiter la Moldavie ce mois de juin.

Mais les discussions avec quelque pays de l’Europe que ce soit ne sauraient être dissociées d’une claire vision du voisinage de la Moldavie. C’est ce que Monsieur Leanca a exposé longuement. Il a rappelé l’héritage : à l’arrivée au pouvoir de l’Alliance pour l’Intégration Européenne, les relations avec la Roumanie et avec l’Ukraine étaient mauvaises … Aujourd’hui on est sur la voie de la normalisation, processus aisé avec la Roumanie, plus délicat avec l’Ukraine, compte tenu, en particulier, de la question de la Transnistrie. Mais le voisinage ne doit pas se réduire aux relations avec ces deux pays : il y a « l’Union Eurasienne » et « l’Union Européenne ».

Le moins qu’on puisse dire, c’est que le Ministre a rejeté sans état d’âme toute perspective de s’intégrer dans ce projet piloté par la Russie. C’est sans ambiguïté qu’il a en revanche affirmé que la seule perspective vers laquelle devait se diriger son pays, c’était l’adhésion à l’Union Européenne, sollicitant avec insistance un signe de sa part allant dans ce sens. Au détour d’une phrase, il a comparé l’attitude de l’UE à l’égard du Kosovo qu’il estime, semble-t-il, un peu trop bienveillante (alors qu’il n’est pas membre de l’ONU et qu’il n’a pas été reconnu par tous les Etats, y compris certains de l’UE ! note de la rédaction).

Il attend un geste significatif de la part de l’UE, et cite au passage la fréquence des visites des délégations officielles : visite d’un commissaire seulement avant 2009, mais depuis cette année-là, 6 ou 7 commissaires se sont déplacés en Moldavie, sans compter les délégations techniques ayant défilé en 2012 ! Il y voit un réel encouragement, ce que confirmerait les propos de Monsieur Barroso qui estime que le conflit Transnistrien ne saurait freiner le processus d’intégration de la Moldavie. Un pas important devrait être franchi dans quelques semaines à Vilnius, à l’occasion de la signature d’un accord de libre échange.

Il rappelle que la Moldavie a pour langue officielle le Roumain, déjà langue officielle dans l’UE, ce qui ne peut que faciliter les choses. Je me permettrais d’ajouter qu’un nombre impressionnant de Moldaves pratiquent admirablement la langue française, le succès de notre site en portant témoignage.

Quant aux personnalités politiques, économiques, culturelles qui rencontrent leurs homologues français, elles sont parfaitement francophones. Ce fait remarquable devrait inciter sans hésitation notre pays à militer pour faire accélérer le processus d’adhésion à l’UE. Sur ce dernier point, Monsieur Leanca a plaidé avec la plus grande force pour que la voie de l’adhésion soit clairement ouverte, perspective qu’il estime vitale pour la Moldavie. Souhaitons que le message soit entendu.

A sa place modeste, l’association Cercle Moldavie, avec notamment son site www.moldavie.fr, entend contribuer à faire connaître l’aspiration de ce pays.