Le journal « Le Monde » parle de la Moldavie

Article de Gilles Ribardière

Qu’un quotidien aussi important que le Monde consacre en deux semaines deux importants articles à la Moldavie est un signe de l’intérêt croissant que les médias français lui portent. Il y a eu tout d’abord un entretien conséquent avec le Premier Ministre, Vlad Filat, et dans l’édition du 29 novembre, un long article de Piotr Smolar en page 2.

Le titre est pessimiste : « La Moldavie en déprime postrévolutionnaire », titre justifié par le constat d’un certain blocage politique que nous avons analysé ici récemment.

Les sources d’information utilisées par Piotr Smolar sont en tout cas pertinentes : Publika TV dont il a rencontré une des animatrices est une chaîne d’une part indépendante, d’autre part de bon niveau professionnel. Parmi nos amis « moldaviens », nous avons du reste une ancienne collaboratrice de cette chaîne particulièrement brillante, et qui doit venir prochainement dans une université française travailler sur une thèse. Il a eu aussi des entretiens notamment avec Dorin Chirtoaca et Petru Negura.

Une rencontre avec Dorin Chirtoaca est toujours un moment privilégié, car il exprime en connaissance de cause les difficultés politiques, sociales et économiques dans lesquelles se débat son pays. Quant à Petru Negura, désigné historien, alors qu’il est plutôt sociologue, il a une vision sans concession de la classe politique. Il insiste en particulier sur l’antagonisme linguistique : « Le clivage est trop fort entre les communistes, qui se revendiquent du passé soviétique, et des libéraux, qui sont surtout des nationalistes roumanophones ».

Les autres interlocuteurs rencontrés permettent à Piotr Smolar de brosser un tableau sans concession de la situation. Ainsi a-t-il souligné la tendance du personnel politique appartenant à l’Alliance pour l’Intégration Européenne à se partager des positions institutionnelles sur des bases partisanes et non pas de compétence.

Est dénoncée l’impossibilité jusqu’à présent de faire toute la lumière sur les événements du 7 avril 2009, qui marque le début de ce qui apparaît malgré tout comme le début d’une ère nouvelle.

De la lecture de l’article il ressort que la classe politique n’a pas encore trouvé ses marques et reste engluée dans la recherche d’une solution en vue de désigner le Président de la République. Sortir de l’impasse aurait pour effet d’encore mieux disposer l’Union Européenne à son égard, même si celle-ci considère déjà que la Moldavie « est un succès », rapporte Piotr Smolar.

On peut regretter qu’il n’évoque pas l’échec d’un référendum souhaité par l’Union Européenne qui n’a fait, selon nous, que consolider le blocage institutionnel.

On peut aussi le trouver un peu pessimiste quant à l’avenir de la jeune république : il y a, qu’on le veuille ou non, un gouvernement légitime qui agit et n’est donc pas réduit à simplement traiter les affaires courantes et qui trace un chemin clair vers l’Union Européenne.