« Le chemin vers l’Europe est une recette pour offrir une vie meilleure aux Moldaves »

Alors que la commission européenne et les autorités moldaves se réunissent le 31 mars à Bruxelles pour débattre des progrès de l’Accord d’association, le premier ministre Pavel Filip défend le rapprochement avec l’Europe dont l’image est malmenée dans l’opinion publique.

Pavel Filip, Premier Ministre de Moldavie, lors d'une conférence de presse, le 30 mars 2017. / Photo par Eric Vidal/Reuters
Pavel Filip, Premier Ministre de Moldavie, lors d’une conférence de presse, le 30 mars 2017. / Photo par Eric Vidal/Reuters

La Croix : Quelle leçon tirez-vous de la défaite des partis pro-européens à la dernière élection présidentielle ?

Pavel Filip : Depuis l’arrivée au pouvoir de dirigeants pro-européens en 2009, notre rapprochement avec l’Europe n’est pas une ligne droite. Nous avons bénéficié du soutien et de nombreux fonds européens dont une partie a malheureusement été utilisée de manière frauduleuse. Ces détournements honteux survenus au temps de mon prédécesseur ont entraîné une perte de confiance des autorités moldaves auprès de l’opinion publique et des Européens. Par ricochet, l’image de l’UE a beaucoup souffert. La mission de mon gouvernement est de retrouver la crédibilité auprès de nos partenaires et la foi de nos citoyens.

Pourquoi l’avenir de la Moldavie, ancienne république d’Union soviétique, ne serait-elle pas dans l’Union eurasiatique comme le défend une partie de l’opinion ?

Pavel Filip : Il suffit de voir comment les gens vivent dans l’Union européenne et comment ils vivent en Russie. Le chemin vers l’Europe est une recette pour offrir une vie meilleure aux Moldaves. En appliquant les standards et les normes européennes, la Moldavie travaille au développement du pays et les gens finiront par en ressentir les bénéfices. Mon objectif est de faire en sorte que le parcours européen soit irréversible.

La population s’est détournée des partis européens, en dénonçant la corruption. La lutte pour l’Etat de droit n’avance pas très vite…

Pavel Filip : Disposer d’une justice indépendante et d’un État non-corrompu est essentiel pour un pays, notamment si l’on veut faire venir des investisseurs. Le cadre légal contre la corruption existe. Il faut le mettre en application. Nous avons commencé à le faire, mais les résultats ne sont pas visibles et le système résiste. L’an dernier, le parquet chargé de la lutte contre la corruption a procédé aux premières arrestations de juges et de douaniers. Nous sommes certains que cette année nous aurons de meilleurs résultats.

Favorable à un rapprochement avec la Russie, le nouveau Président Igor Dodon a refusé d’ouvrir un bureau de liaison de l’OTAN. Celui-ci est-il remis en cause ?

Pavel Filip : La Moldavie est un régime parlementaire et notre Président a les compétences d’un chef d’État allemand. Nous n’avons pas renoncé à ouvrir ce bureau. Nous avons convenu avec les dirigeants de l’OTAN que l’inauguration du bureau aura lieu au mois de juin prochain.

Cette décision ne va-t-elle pas braquer les autorités sécessionnistes de Transnistrie ?

Pavel Filip : Je ne vois pas de lien direct entre l’ouverture d’un bureau et le processus de règlement du conflit avec la Transnistrie. Il s’agit d’une mission diplomatique comme il en existe ailleurs, même à Moscou. Nous n’envisageons pas d’intégration dans l’OTAN. Nous sommes un pays neutre comme le rappelle la constitution.

Votre parti est largement devancé par la formation pro-russe du Président Igor Dodon dans les sondages. Une défaite l’an prochain remettrait-elle en cause l’avenir européen de la Moldavie ?

Pavel Filip : Les socialistes ont gagné la présidentielle en novembre 2016, en misant sur les erreurs de la droite. Les gens ont été déçus. Mais nous avons réussi à stopper la crise économique et les financements étrangers ont repris. En conduisant un programme de réforme très ambitieux, je suis convaincu que la popularité de notre formation va s’accroître.

Interview par OLIVIER TALLÈS, reprise sur le portail http://www.la-croix.com/Monde/Europe/Le-chemin-vers-lEurope-est-une-recette-pour-offrir-une-vie-meilleure-aux-Moldaves-2017-03-31-1200836263

Le 31 mars 2017