Le Prout, affluent du Danube et frontière occidentale de la Moldavie

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Le Prout (parfois orthographié « Pruth » dans les ouvrages anciens ; Prutul en roumain, et Прут en Ukrainien). Cette rivière était connue sous le nom de Pyretus ou Porata dans l’Antiquité.

La rivière Prout

Le Danube et le Prout (Pruth)C’est une rivière de 953 kilomètres qui appartient au bassin de la mer Noire. Il naît dans l’Ukraine Sub-Carpathique ; elle a pour affluent la Jijia et arrose la ville de Tchernivtsi. Elle suit par la suite la frontière entre la Moldavie et la Roumanie avant d’entrer dans le Danube, à l’ouest du delta. Le Prout a un bassin hydraulique de 27500 km²

Terminal de Giurgiulesti
Terminal de Giurgiulesti

Entre Lipcani au nord et Giurgiulesti sur le Danube, le Prout marque une frontière « naturelle » de 711 kilomètres entre les deux pays voisins. Les deux villes de Moldavie par lesquelles se font la majorité des échanges sont Ungheni et Leuseni. La plus grande ville que traverse le Prout est la ville de Chernivtsi (Cernăuţi) en Ukraine.

Le Prout n’est devenue une frontière politique qu’en mai 1812, au moment de l’acquisition par la Russie de la partie orientale de la principauté de Moldavie, appelée alors Bessarabie.

Voltaire et le Prout (Pruth)

Voltaire, gravure de Baquoy
Voltaire, gravure de Baquoy

Voltaire a par ailleurs décrit la bataille russo-turque de Stalinesti dans son ouvrage Histoire de l’empire de Russie, dont le chapitre 1 est intitulé « Campagne du Pruth ».

En effet, Pierre le Grand a souhaité, à la demande de Demetrius Cantemir, intervenir pour « libérer » les Orthodoxes, et prend les armes contre le sultan. C’est hélas un échec, ce qui contraint Cantemir à l’exil…

Voici quelques morceaux de ce chapitre à propos de la principauté de Moldavie et de Cantemir…

« La Moldavie et la Valachie devaient secouer le joug des Turcs. Ces pays sont ceux des anciens Daces, qui, mêlés aux Gépides, inquiétèrent longtemps l’empire romain : Trajan les soumit ; le premier Constantin les rendit chrétiens. La Dacie fut une province de l’empire d’Orient ; mais bientôt après ces mêmes peuples contribuèrent à la ruine de celui d’Occident, en servant sous les Odoacre et sous les Théodoric. »

Demetrius Cantemir avait obtenu la Moldavie. On faisait descendre ce vaivode Cantemir de Tamerlan, parce que le nom de Tamerlan était Timur, que ce Timur était un kan tartare : et du nom de Timurkan venait, disait-on, la famille Kantemir.

Déjà le vizir Baltagi Mehemet avait passé le Danube à la tête de cent mille hommes, et marchait vers Yassi le long du Pruth, autrefois le fleuve Hiérase, qui tombe dans le Danube, et qui est à peu prés la frontière de la Moldavie et de la Bessarabie.

Tandis que l’armée ottomane passait le Danube, le czar avançait par les frontières de la Pologne, passait le Borysthène pour aller dégager le maréchal Sheremetof, qui, étant au midi d’Yassi sur les bords du Pruth, était menacé de se voir bientôt environné de cent mille Turcs et d’une armée de Tartares. Pierre, avant de passer le Borysthène, avait craint d’exposer Catherine à un danger qui devenait chaque jour plus terrible ; mais Catherine regarda cette attention du czar comme un outrage à sa tendresse et à son courage ; elle fit tant d’instances que le czar ne put se passer d’elle : l’armée la voyait avec joie à cheval, à la tête des troupes. Elle se servait rarement de voiture. Il fallut marcher au delà du Borysthène par quelques déserts, traverser le Bog, et ensuite la rivière du Tiras, qu’on nomme aujourd’hui Niester ; après quoi l’on trouvait encore un autre désert avant d’arriver à Yassi sur les bords du Pruth. Elle encourageait l’armée, y répandait la gaieté, envoyait des secours aux officiers malades, et étendait ses soins sur les soldats.

Le vizir demanda longtemps qu’on lui livrât Cantemir, comme le roi de Suède s’était fait livrer Patkul. Cantemir se trouvait précisément dans le même cas où avait été Mazeppa. Le czar avait fait à Mazeppa son procès criminel, et l’avait fait exécuter en effigie. Les Turcs n’en usèrent point ainsi ; ils ne connaissent ni les procès par contumace, ni les sentences publiques. Ces condamnations affichées et les exécutions en effigie sont d’autant moins en usage chez eux, que leur loi leur défend les représentations humaines, de quelque genre qu’elles puissent être. Ils insistèrent en vain sur l’extradition de Cantemir. Pierre écrivit ces propres paroles au vice-chancelier Schaffirof :

« J’abandonnerai plutôt aux Turcs tout le terrain qui s’étend jusqu’à Cursk : il me restera l’espérance de le recouvrer ; mais la perte de ma foi est irréparable, je ne peux la violer. Nous n’avons de propre que l’honneur : y renoncer, c’est cesser d’être monarque. »