Le BAC 2012 en Moldavie

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Le rôle du baccalauréat, là où il est organisé, suscite des critiques, accentuées aujourd’hui par des risques de fraudes massives, aidées en cela par les technologies (usage du téléphone mobile). Il est intéressant pour le public francophone de savoir que la Moldavie est confrontée aux mêmes difficultés qu’en France !

C’est ce que l’on constate à la lecture de l’article de Cristina Laicovski qui vient de réussir, sans tricherie, cet examen qui va lui permettre de s’engager dans des études supérieures où sans nul doute elle réussira.

Le ton de son article est sévère et dénote une grande soif de justice, ainsi qu’un engagement en vue d’un Etat irréprochable. Souhaitons que les autorités moldaves sachent trouver les voies et moyens de ne pas décevoir des jeunes comme Cristina qui sont l’avenir du pays.

La rédaction.

Depuis toujours, le BAC a été et même continue à être une source de maux de tête, d’inquiétudes, de nuits blanches pour les candidats. Car c’est l’examen le plus important, s’agissant du développement de la personnalité et bien sûr on doit bien se défendre pour démontrer que ces 12 années d’école n’ont pas été vaines.

Commençons par le définir : le Baccalauréat est un test national qui a pour but principal d’évaluer les connaissances réelles du candidat dans les 4 disciplines de base étudiées pendant 12 années de lycée. Elles diffèrent en fonction du profil du lycée où a étudié le candidat.

Pourtant, comme on le remarque depuis ces dernières années, le BAC ne mérite sans doute plus le titre d’examen de maturité, comme on le nomme souvent. Car en réalité, on rencontre un autre phénomène qui gagne de plus en plus de territoires au moment des épreuves du BAC – la réponse aux questions sur des bouts de papiers cachés dans les poches ou grâce à l’utilisation des portables.

Chaque année, le Ministère d’Education crie à voix haute qu’il prendra des mesures sévères afin d’estomper, de liquider la corruption. Chaque année, on entend qu’on installera des cameras vidéo dans toutes les salles d’examens en Moldavie. Or ce sont des histoires en l’air ! Car cette année les cameras ont été introduites seulement dans quelques lycées de Chisinau : le lycée « Mihai Viteazul », « Gheorghe Asachi » et le lycée de l’Academie de Sciences. On dit aussi qu’aux élèves sera interdit d’avoir avec soi un portable ou d’autres moyens dont la technologie moderne se vante aujourd’hui. Encore des histoires ! Car même si on a imposé aux candidats de signer une « Déclaration » qui dit que si un candidat porte avec lui du matériel interdit il sera éliminé de la salle d’examens, on a pu tout de même « admirer » les tests de BAC publiés sur les sites de socialisation par des « pauvres » élèves qui demandaient désespérément de l’aide. Et les réponses aux tests ont été publiées pratiquement une heure après le début de l’examen. Les candidats pouvaient ainsi connaître les réponses grâce à leur mobile.

Mais le véritable scandale de ce BAC a été constaté quand quelques lycées ont été visités par les « braves soldats » du CCCEC- le Centre pour la lutte contre les crimes économiques et la corruption. Les élèves ont été fouillés avec le détecteur de métaux afin de trouver des portables. Les salles d’examen semblaient être devenues des salles d’attente d’une prison où on effectuait les recherches, les candidats au BAC étant les suspects.

Je ne veux ni être trop indulgente à l’égard des élèves qui ont passé cette année le Bac, ni trop critique à l’égard du Ministre de l’Education, car je ne parle que du Bac 2012. Mais pense-t-on vraiment que le phénomène de la tricherie disparaîtra simplement grâce aux descentes entreprises par CCCEC ? En ce cas, on sous-estime l’ingéniosité sans bornes de nos ados !

Ou croit-t-on que les élèves étudieront plus consciencieusement sachant que l’année prochaine dans les salles d’examens seront introduits des dispositifs de brouillage pour les téléphones mobiles et que les tests seront plus difficiles que cette année ? C’est peut-être une mauvaise appréciation de la part du Ministère de l’Education. Il veut toujours utiliser l’arme de la difficulté des tests du Bac. Mais on devrait plutôt stimuler les élèves à apprendre, en les menaçant par exemple de supprimer les bourses d’études plutôt que de les effrayer par la complexité des tests. Car cela suscite la tricherie aux examens, ce qui en conséquence donnera à notre pays des travailleurs non-qualifiés, tandis que ceux qui possèdent des vraies connaissances choisiront d’aller travailler dans d’autres pays, où leurs aptitudes seront appréciées.

On observe donc que de nos jours le BAC est devenu une simple formalité. Car, tout compte fait, c’est l’argent qui toujours a le dernier mot et pas les connaissances réelles. Et c’est la corruption qui l’emporte ! C’est là que se trouve une des raisons principales des problèmes concernant le BAC : son importance en ce qui concerne l’admission dans des institutions d’enseignement supérieur, avec l’espoir d’y aller avec une bourse.

On voit ainsi que non seulement le déroulement du Bac, mais aussi tout le système éducatif moldave est confronté à une profonde crise systématique. Le problème de l’éducation de toute manière n’est pas un problème provisoire, mais il a des racines profondes, qui sera solutionné seulement quand tout le système d’enseignement sera actualisé par de nouvelles réformes, quand les élèves ne seront pas forcés d’aller a l’école, mais motivés pour apprendre, afin de construire un avenir dans un pays où la corruption et le népotisme ne seront que des souvenirs du passé.

Cristina Laicovski

Le 31 juillet 2012