La situation de l’Ukraine et la Moldavie

Article de Gilles Ribardière

On sait que l’Ukraine partage avec la Moldavie une même frontière, ainsi qu’une partie de son passé historique, en particulier au sein de l’URSS. En conséquence, les événements actuels en Ukraine ne peuvent qu’avoir des répercussions chez son voisin

Ainsi l’Union Européenne doit-elle tirer les leçons de ce qui s’est passé à Kiev dans la gestion de la suite à donner à l’accord signé à Vilnius en faveur de Chisinau : son application ne doit pas fermer la porte à une intégration plus forte ; et surtout dans l’immédiat, des financements importants doivent intervenir pour soutenir les réformes. En effet, sans volet financier important, la population peut se détourner des partis favorables à l’intégration, et on risque d’avoir de mauvaises surprises lors du scrutin qui doit renouveler le Parlement en novembre. Certes, on peut penser qu’aujourd’hui les partis politiques opposés au rapprochement avec l’UE, et qui aspirent à l’alternance, seront prudents dans leurs propos relatifs à l’Europe, mais le naturel peut reprendre le dessus à tout instant.

Autrement dit, l’UE doit aller vite, et ce malgré son opinion publique souvent hostile, ce qui peut être le cas en France ; ainsi y aura-t-il des larmes de crocodile versées sur les victimes de la place de Maïdan, mais quand on explique qu’il faut envisager l’élargissement, engager d’urgence une aide financière, alors s’exprime une franche réticence. Par exemple, s’agissant d’une éventuelle aide financière au profit de l’Ukraine, les lecteurs du site internet du Figaro ont été interrogés. Sur 13700 réponses, seulement 21% sont favorables, 79% contre. Si on posait la même question pour la Moldavie, sans doute le résultat serait pire.

Heureusement, les autorités d’un certain nombre de pays de l’Union ne basent pas leurs propos et actions sur de telles données désespérantes ! C’est le cas de la Lituanie et de la Lettonie qui, lors du déplacement de leurs ministres des Affaires Etrangères à Chisinau, ont affirmé ce 25 février leur soutien à la volonté d’intégration de la Moldavie, avec comme étape importante à venir le futur sommet du Partenariat Oriental de 2015 à Riga.

A souligner aussi le déplacement le 3 mars prochain dans la capitale moldave de Frank-Walter Steiner et de Laurent Fabius, soit deux des négociateurs de Kiev. Nul doute qu’il faille considérer cette visite comme fondamentale et on doit espérer que les deux ministres ne viendront pas les mains vides.

Terminons cet article par une note optimiste : aujourd’hui le Parlement de Strasbourg vote la suppression des visas pour enfin permettre aux Moldaves de circuler librement dans l’espace Schengen avec un passeport biométrique ; c’est un premier pas tangible pour la population, même si ce n’est pas encore le sésame pour venir y travailler. Mais il faut que les eurosceptiques qui militent pour le rétablissement des frontières se rendent compte de l’impact auprès de populations courageuses de mesures signifiant enfin la liberté de circulation, elles qui ont connu l’enfermement, ou qui comparent les facilités dont bénéficient les Européens de l’Ouest… Ces eurosceptiques ont-ils oublié ce que solidarité veut dire, eux si promptes à s’accrocher – en théorie – aux principes des fondements chrétiens de l’Europe !

Alors attendons avec impatience l’occasion d’écrire un jour proche : amis moldaves, mais aussi ukrainiens, bienvenue dans l’Union Européenne, sachant que d’une part il faut agir avec doigté vis à vis de la Russie – bien que sa réaction soit difficilement prévisible - et que d’autre part, si la marche de ces pays vers l’Union doit s’accompagner de soutiens financiers, ceux-ci n’apporteront pas comme par magie le bien-être immédiat !

Le 27 février 2014