La première messe de mariage en langage des sourds-muets de Moldavie

Récemment, à l’église „Biserica Inimii tăcute” (« Eglise du Cœur Silencieux ») de Chisinau a eu lieu la première cérémonie de mariage dans le langage des gestes célébrée par le seul prêtre qui connaît ce langage. Ce sont deux jeunes sourds-muets qui ont décidé d’unir leurs destins et qui ont souhaité éprouver le sacrement du mariage. Le prêtre a été assisté de quelques chanteurs sourds-muets de cette église.

Marina et Marin sont venus de la ville de Floreşti à Chişinau se marier à l’Eglise du Cœur Silencieux. C’est l’unique église pour les personnes aux déficiences de l’ouïe et du langage de Moldavie. Dans une atmosphère inhabituelle, aux côtés de leurs proches, les jeunes mariés ont juré d’être ensemble „ jusqu’à ce que la mort les sépare”. Cette cérémonie religieuse inédite a été suivie avec plaisir et curiosité par beaucoup de monde dont la plupart ne connaissaient pas le langage des gestes, mais radiaient de bonheur en admirant ce couple merveilleux. „Un an est demi après notre première rencontre, j’ai demandé Marina en mariage. J’ai trouvé sa maison étant dirigé de la voix de mon cœur”, nous a dit le jeune marié romantique.

Marin et Marina sont liés par une belle histoire d’amour qui les a aidés à surmonter les préjugés des gens et l’isolation du château silencieux où se trouvent les personnes soufrant d’hypoacousie. Les deux jeunes sont unis par la même tragédie - la perte de l’ouïe et de la parole après des maladies d’enfance. Vu la marginalisation sociale, c’est plus facile d’affronter ensemble le destin malheureux. Quoique très jeunes (ils ont 20 et, respectivement, 27 ans), Marina et Marin, à la différence de plusieurs sourds-muets de leur âge, ont un métier. Les métiers de couturière et de charpentier leur apportent des ressources suffisantes pour commencer la vie ensemble.

Evadés du château silencieux

Les problèmes des sourds-muets de Moldavie sont plus difficiles que pour les chrétiens avec le même handicap des autres pays, car ils ne connaissent que le langage laïc. „En 2006, quand cette paroisse a été enregistrée, nous avons commencé à leur enseigner les signes religieux qui diffèrent des signes laïcs”, dit le prêtre Viorel Cojocaru de l’Eglise du Cœur Silencieux qui est l’unique prêtre de Moldavie qui connaît le langage des gestes. Il a fait ses études à la Faculté d’Assistance Sociale de Piteşti, en Romanie, destinée aux personnes qvec des déficiences de l’ouïe et du langage.

,,Dans le monde, les sourds-muets utilisent deux catégories de signes – américains et russes. 80 % des signes laïcs de Roumanie diffèrent de ceux de Moldavie. C’est justement pour cette raison que j’ai du apprendre les signes laïcs de notre pays aussi. Ainsi, nous devons communiquer dans le langage laïc des gestes de Moldavie, tout en utilisant les signes religieux de Roumanie. Ce n’est pas une chose simple, car dans notre pays les personnes sourdes-muettes ne disposent que d’un millier de signes.

Les sourds-muets restent à un niveau intellectuel lamentable. C’est regrettable que le Ministère de l’Education ne s’implique pas suffisamment dans l’éducation de cette catégorie de personnes”, affirme le prêtre.

La communauté orthodoxe des ,,cœurs silencieux’’ soutient énormément la communauté des sourds-muets. Les sourds-muets sont devenus des chrétiens acharnés. Certains d’eux sont à la porte de l’église à 7 heures du matin déjà. Il y a des personnes qui ont eu la possibilité de visiter les endroits sacrés. Deux prêtres sourds-muets suivront prochainement une formation spéciale en Roumanie - un pour le Nord et l’autre pour le Sud du pays. L’Eglise du Cœur Silencieux a environ 150 paroissiens. Ce sont des gens particuliers, doués d’une grande sensibilité et une forte croyance. Ici, ils retrouvent de l’apaisement, ainsi que la communication tellement nécessaire qui les aide à s’intégrer dans la société.

Ignorés par toutes les institutions d’état

Ces personnes vivent parmi nous mais ils utilisent des moyens spéciaux de communication, basés sur le langage des gestes. Ils préfèrent la vie parmi des semblables, parce que comme ça ils peuvent se résigner. Dans l’église, ce sont les icônes qui parlent pour eux. Les visages des saints leur inspirent le sens du christianisme et l’amour pour Dieu. Souvent, les sourds-muets sont même des chrétiens meilleurs que les autres. Nous essayons de les intégrer dans la société et ils s’impliquent avec ardeur dans nos activités. Dans notre Centre social, il y a 4 volontaires sourds-muets ”, nous a dit le prêtre Viorel Cojocaru.

Veaceslav, un chanteur sourd-muet, a 30 ans. Il est sociable, amical et très optimiste, même s’il est chômeur. Soutenu par son pasteur, le jeune va faire ses études à la faculté pour devenir prêtre. Veaceslav a eu la chance d’avoir de bons parents, des médecins, qui lui ont donné une bonne éducation et l’entretiennent jusqu’à cet âge.

En Moldavie, nous souffrons à cause d’un grave problème - celui de la communication. Quand les personnes sourdes-muettes veulent se faire embaucher, elles sont souvent refusées par les employeurs, même par les sociétés d’état. La plupart d’eux font appel à l’aide de leurs parents ou partent à l’étranger. Nous souhaitons que l’état nous aide plus en ce qui concerne l’emploi et les logements. En Moldavie, il y a seulement 3 entreprises pour les sourds-muets – il s’agit des fabriques de chaussures, de textiles et de construction avec un nombre réduit d’emplois”, dit Veaceslav.

En Moldavie, les personnes sourdes-muettes sont une des plus démunies catégories. Sans interprète, leurs possibilités de s’exprimer sont nulles. Il est très difficile pour eux de trouver un emploi, le plus souvent en tant que porteurs, balayeurs, femmes de ménage, charpentiers ou des ouvriers. Ceux qui ont un métier resiquent à tout instant de rester sans travail. La plupart de sourds-muets n’ont pas la possibilité de partir à l’étranger. A ce moment, il n’y a pas de sortie l’impasse.

Leur situation pourrait s’améliorer si l’état impose la création pour cette catégorie de personnes d’un certain nombre d’emplois dans les entreprises, si la législation oblige les employeurs de se tourner vers eux.

Article par Angelina Olaru, publié sur http://www.timpul.md

Traduction – Liliana Anghel.