La politique extérieure de la Moldavie est conditionnée par la Transnistrie.

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Article de Nicu Popescu paru dans flux.md le 22 décembre 2006 choisi par Florent Parmentier, traduit par Valentina Bagrin et relu par Michèle Chartier.

C’est un paradoxe, mais le véritable architecte de la politique extérieure de la Moldavie depuis la déclaration de l’indépendance, ce n’est ni Mircea Snegur, ni Petru Lucinschi, ni Vladimir Voronin, mais Igor Smirnov. Pendant 15 ans, la Transnistrie a été et reste l’élément central dans les décisions majeures de la Moldavie. Si la Moldavie désire rester indépendante et devenir un pays européen mûr et prospère, les choses doivent changer.

La liste des oscillations stratégiques de la Moldavie, inspirées par le problème transnistrien, est longue :

  • L’adhésion à la CEI (Communauté des Etats Indépendants)

- La neutralité de la Moldavie et son choix de ne pas adhérer à l’OTAN

  • Les interminables ambiguïtés dans les rapports de la Moldavie avec l’Ukraine et la Roumanie.

Récemment , le rapprochement entre la Moldavie et la Russie dans les années 2001-2003 a été causé par le problème transnistrien. Et puis, l’enthousiasme pro-européen, soudain devenu aigu, à Chisinau, après le départ de Dimitrii Kozak en novembre 2003, a été causé par le même problème transnistrien Le rapprochement de la Moldavie vers l’Union Européenne en 2003-2006 a été fondé, essentiellement, sur l’espoir que l’UE allait résoudre le problème transnistrien, mais pas sur le désir des réformes et de la démocratisation. L’état de tension dans les rapports avec la Russie en 2006 est aussi une conséquence de la Transnistrie. Et puis, la redécouverte subite des mérites du partenariat stratégique avec la Russie à la fin de l’ année 2006 , le retour dans le lit du Memorandum Kozak 2, la flexibilité surprenante de Chisinau, en ce qui concerne la présence militaire russe, à la réunion ministérielle de l’ OSCE à Bruxelles en décembre 2006, tous ces faits ont aussi leurs racines dans l’obsession transnistrienne. Dans 3 ou 5 ans , la Moldavie, probablement, va chercher de nouveau à prendre ses distances avec de la Russie, parce que Moscou va traiter la Moldavie, de même façon qu’elle traite aujourd’hui la Biélorussie.

Ce type d’oscillations peut encore se prolonger environ pendant 20 ans. Mais, chaque fois, le couloir de la Moldavie devient plus étroit et ce manque d’orientation stratégique extérieure peut conduire enfin à la mort du projet d’indépendance de la Moldavie. Déjà, aujourd’hui, elle est le pays le plus isolé de l’ Europe. Ses rapports avec tous les partenaires extérieurs importants sont très confus et absolument pas sincères. Sur le plan intérieur, tous les sondages d’opinion à Chisinau montrent que le problème transnistrien n’occupe que la 8e ou la 9e place parmi les préoccupations prioritaires des citoyens de la République de Moldavie.

Mais les élites persistent dans leur obsession pour la Transnistrie. Le problème le plus discuté dans la presse et la TV, les ONG et les partis politiques, les ministères et départements, les conférences et les études analytiques, ce problème est la Transnistrie. La corruption, le chômage, les problèmes économiques, le climat d’investissement, le manque de sécurité, les tribunaux corrompus ou bien influencés politiquement, les abus de la police ou de la bureaucratie, l’incapacité de Gouvernement de réaliser le Plan d’Action « Moldavie - UE » , tout ceci prend beaucoup moins de place dans le discours politique que le problème transnistrien. C’est ce qui convient au Gouvernement. Avec une réprimande adressée à Igor Smirnov, le gouvernement peut calmer la société civile et l’opposition politique pour plusieurs jours.

C’est le moment, pour la République de Moldavie, de s’émanciper de la Transnistrie autant dans sa politique extérieure, que dans celle de l’intérieur. Il faut que la Moldavie déclare son indépendance à l’égard du problème transnistrien et qu’elle arrête de définir sa politique extérieure en partant de ce problème. Ce n’est pas Igor Smirnov qui doit définir la politique extérieure de la Moldavie.

L’UE dirige ses regards vers la Moldavie.

La solution est que la Moldavie doit compter sur ses priorités internes pour l’intégration européenne, mises à part les déclarations anti- ou pro -européens, russes , ukrainiennes ou roumaines. On a besoin que toute l’attention politique se concentre sur la réalisation du Plan d’ Action « Moldavie - UE ». Après une période de faible activité politique vis- à- vis de la Moldavie, l’UE a repris des rapports d’un contour plus sérieux. Bruxelles a annoncé le doublement de l’assistance pour Chisinau à partir de 2007. De cette façon la Moldavie devient le deuxième récipiendaire de soutien financier, par rapport aux nombre d’habitants voisins de l’UE. Le nombre des bourses d’étudiants en UE pour la Moldavie et autres voisins de l’UE augmentera radicalement en 2007. Aussi, l’UE a-t-elle mis de côté un fonds d’un milliard d’euros qui va être distribué aux leaders des réformes dans les états voisins. Si la Moldavie accélère les réformes, le soutien inclusivement financier de la part de l’UE va augmenter encore plus. Les négociations de la Moldavie avec l’UE en vue de faciliter les visas et les rapports commerciaux sont dans un état avancé. Et la récente Conférence des Donateurs a promis à la Moldavie plus d’assistance dans les trois ans à venir, que la Moldavie a reçu dans les années 1992 - 2006. L’impact de ces mesures ne sera pas immédiat, bien sûr. Mais la Moldavie peut réussir. Par exemple, la Moldavie a obtenu la plus grande croissance de son commerce avec l’UE parmi tous les états du sud-ouest européen, à l’exception de Roumanie et de la Bulgarie .Le commerce de la Moldavie avec l’UE a augmenté de 51%, celui de Serbie de 50%,celui d’Albanie de 23% et celui de Macédoine de 9%. N’est-ce pas -une preuve que les effets positifs peuvent être atteints, si on travaille sérieusement ?

Il faut traiter la dépendance psychologique du problème transnistrien.

Le problème transnistrien ne sera pas abandonné. : Au contraire,, il faut activer les projets de soutien pour la société civile dans la région. La mission de l’UE d’assistance à la frontière va continuer son activité. Les compagnies transnistriennes qui sont enregistrées à Chisinau vont s’habituer aux nouvelles règles et à la perspective d’un accès accru sur le marché européen. De toute façon , Chisinau doit comprendre que le problème de Transnistrie ne peut pas être résolu par un seul « assaut de chevalier ». Ce type d’assaut de courte durée - du Memorandum Kozak 1 ou peut-être même 2 , au nouveau règlement douanier, ou le changement de format de négociation, ne peut pas changer la situation en Transnistrie. On a besoin d’un jeu à long terme, d’européanisation et de réintégration de la Moldavie

C’est le temps pour la Moldavie de se concentrer sur les propres problèmes économiques et politiques. En les résolvant, la Moldavie va rapprocher le moment de la réunification du pays. Seule une Moldavie bien équipée dans des « habits » européens de la prospérité et de la démocratie a la chance d’obtenir gain cause dans le virage transnistrien. Les entraînements nécessaires pour la Moldavie sont bien décrits dans le Plan d’Action. L’UE, même si elle a plusieurs élèves, est le meilleur entraîneur possible. La dépendance psychologique du problème transnistrien doit être soignée. Et les gouvernements actuels de la République de Moldavie -et celui d’ après 2008 - ont une chance de devenir les architectes d’une Moldavie européenne : la politique va donc se décider à Chisinau, non à Tiraspol.

Nicu Popescu, chercheur au Centre des Etudes Politiques Européennes (CEPS), Bruxelles