La Moldavie et l’Ukraine face à la crise gazière. Janvier 2006.

Note économie n°11
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Nous avions déjà évoqué la dépendance énergétique de la Moldavie, les risques pour sa sécurité et le poids qu’occupe Gazprom dans l’espace post-soviétique (Voir NE n°9 et 10). La crise russo-ukrainienne qui a éclaté en décembre 2005-janvier 2006 a fait prendre conscience des risques d’une telle situation, non seulement pour la Moldavie mais aussi pour l’Union Européenne.

Gazprom et la hausse des prix

Pour le rappel des faits, on se souvient que les relations entre russo-ukrainiennes sont tendues depuis l’élection de Viktor Iouchtchenko à la tête de l’Ukraine, au détriment de Viktor Ianoukovitch, le protégé du Kremlin. La question du gaz a reflété ces tensions, d’autant que Kiev (Kyiv) se trouve à la veille d’élections législatives importantes en mars 2006.

Le géant de l’énergie contrôlé par l’Etat russe, Gazprom, a souhaité augmenter la facture énergétique annuelle de l’Ukraine de bien plus d’un milliard de dollars en arrêtant de fournir ce pays à un tarif en dessous de la valeur du marché. Jusqu’ici, ce prix bas faisait partie d’une politique de voisinage de la Russie qui désire garder son influence dans son « étranger proche ». Mais, d’après le ministre russe des finances, Alexei Koudrine, il est temps pour son pays d’arrêter de « quasi-subventionner les économies voisines » pour « penser à ses propres intérêts ».

Dans la pratique, la multiplication des prix, demandée aussi soudainement, et ce en plein hiver de surcroît, ne peut qu’être qualifiée de chantage politique.

L’Ukraine et la Moldavie dans le même bateau

Au-delà du cas ukrainien, largement médiatisé, cette hausse vertigineuse des prix a aussi touché la Géorgie, la Moldavie ainsi que les trois Etats baltes. La hausse des prix n’est pas en soi un facteur étonnant : ce qui frappe, c’est davantage l’ampleur de celle-ci. Gazprom a d’abord proposé d’augmenter les prix de 60 à 160$ pour 1000 mètres cubes pour l’Ukraine, puis, arguant de la lenteur des négociations, a demandé de 200 à 230$, soit les prix ouest-européens.

Devant cette situation, la Moldavie s’est tournée vers son voisin ukrainien pour répondre à ses besoins en gaz, puisqu’elle n’a pas reçu de gaz russe après le jour de l’an, suite au doublement des prix. Iouchtchenko a consenti à approvisionner la Moldavie en gaz ukrainien, en attendant qu’une solution soit trouvée. Auparavant, la Moldavie recevait les livraisons de gaz russe à un prix préférentiel en tant que pays membre de la CEI.

Mais, depuis janvier 2005, Moscou a augmenté le prix de 62 à 68 dollars par 1 000 m3, puis a encore décidé de le rehausser à 160 dollars. Les négociations sur le prix du gaz avec Gazprom continuent donc grâce au soutien de Kiev, avance le ministre de l’industrie et des infrastructures de Moldavie, qui espère sans doute trouver aussi du soutien au Kazakhstan ou au Turkménistan. Pour l’instant, son pays est privé de gaz.

Florent Parmentier, analyste-politique pour Moldavie.fr