La CEI est un échec, mais la Moldavie ne doit pas abandonner cette organisation, considèrent les experts de Chisinau

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La CEI (Communauté des Etats Indépendants) n’est qu’une organisation sur papier qui s’est avérée peu efficace sur le plan politique et totalement inconsistante sur le plan économique et qui reste un levier permettant à la Russie de contrôler l’espace post-soviétique, affirment les experts de Chisinau.

Toutefois, la Moldavie ne doit pas se précipiter d’abandonner la CEI avant d’avoir des perspectives européennes bien définies, car jusqu’à ce que Chisinau avance suffisamment dans ses relations avec Bruxelles, la CEI pourrait s’éteindre naturellement, soutiennent les experts de l’Institut pour le Développement et les Initiatives Sociales « Viitorul » (L’avenir) dans le cadre de l’étude « Le projet CEI : Anatomie d’un échec », lancé à Chisinau.

L’étude constate que, du point de vue juridique, les relations contractuelles que la Moldavie a établies dans le cadre de la Communauté des Etats Indépendants ne contreviennent pas aux engagements assumés par Chisinau par rapport à Bruxelles. D’autre part, l’avancement du dialogue sur l’intégration dans l’UE imposera à Chisinau de définir clairement sa position vis-à-vis de la CEI, surtout vis-à-vis de la Russie, car le soutien unilatéral de Moscou compromet l’idée d’intégration européenne.

En même temps, la Russie aborde prudemment l’approche géographique entre la CEI et l’UE, mettant en jeu sa carte énergétique. Chisinau doit faire comprendre que l’intégration européenne ne signifie pas « refroidissement » des relations avec Moscou. A ce moment, la Moldavie doit se concentrer sur la libéralisation du régime des visas dans l’UE pour ses citoyens et profiter des avantages économiques offerts tant par la CEI, que par l’UE.

« La fonctionnalité de la CEI a eu et continue à avoir un caractère contradictoire et controversé. D’un côté, les membres de cette organisation comprennent différemment le but, le statut et les perspectives de la CEI. D’autre côté, la CEI a hérité de feu l’URSS une dot à ne pas envier : conflits ethno-politiques, dislocation des unités de l’ancienne armée soviétique, répartition des dettes économiques de l’URSS, etc. A la différence de la CEI, l’UE constitue un partenariat économique et politique réussi entre 27 états démocratiques d’Europe, un générateur de paix, de prospérité et de liberté », concluent les auteurs de l’étude.

L’étude IDIS analyse la compatibilité entre le statut de membre de la CEI et les aspirations européennes de la Moldavie dans 4 domaines de référence –sécurité et politique extérieure, économie, énergie et migration.

« Par les engagements assumés, la Moldavie a aussi assumé l’obligation de coordonner sa politique externe avec les états-membres de la CEI », fait savoir le politologue Veaceslav Berbeca, « mais dans le contexte de l’élargissement de l’UE vers l’Est, de la proclamation de l’intégration européenne comme objectif stratégique et du changement d’optique de la politique externe russe vis-à-vis de l’Occident, cette obligation ne correspond plus aux intérêts nationaux de la Moldavie. Surtout, dans la situation actuelle, quand la Russie voit dans le Partenariat de l’Est une « tentative d’attirer ces pays dans la zone d’influence de Bruxelles, en les retirant de celle russe ».
Sur le plan économique, il y a une incompatibilité significative entre le statut de membre de la CEI et la qualité de membre de l’UE, considère Veaceslav Berbeca. L’approfondissement de l’intégration économique de la Moldavie dans la CEI est contraire aux intentions de Chisinau de créer une zone du commerce libre avec l’Union Européenne, parce que tout état-membre d’une union douanière, perd la possibilité de mener des négociations individuelles sur le commerce libre avec tout autre sujet.

« A ce moment, la Moldavie doit profiter des opportunités commerciales offertes par l’UE, car le marché européen est un espace transparent, avec des règles bien définies. Cela ne signifie pas qu’on doit renoncer aux avantages économiques que les états de la CEI nous offrent », ajoute Veaceslav Berbeca.

Sur le plan énergétique, les experts constatent une dépendance quasi-totale entre la Moldavie et la Russie et signalent le fait que la Russie essaie d’utiliser le système énergétique comme un instrument politique, y compris dans ses relations avec l’UE. « Dans ces conditions, Chisinau doit réduire sa dépendance des sources énergétiques russes en raccordant le système énergétique moldave à celui européen. Dès que la Moldavie ait annoncé son intention de s’intégrer dans l’Union pour la coordination du transport d’énergie, la Russie n’a pas dissimulé son mécontentement, en déclarant que ce pas mettait en danger le fonctionnement normal des systèmes énergétiques d’autres états de la CEI. Le mécontentement russe s’appuie sur le fait qu’une possible intégration de la Moldavie et l’Ukraine dans l’Union susdite, signifierait le transfert de ces deux pays dans un régime énergétique isolé de celui russe », considère le co-auteur de l’étude, Ion Tabirta.

Le statut de double fournisseur d’émigrants – tant pour les états de l’UE, que pour ceux de la CEI (surtout, pour la Russie) – impose le besoin l’intensifier le dialogue censé résoudre ce problème avec les deux organisations. Dans la CEI, le règlement du problème de la migration se fait seulement au niveau des intentions. Tout dialogue constructif dans ce domaine est bloqué par la politisation de ce problème, surtout de la part de la Russie.

Source : www.unimedia.md

Traduction – Irina Todos.