L’asile linguistique à Chisinau

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Je viens de lire, dépité mais pas étonné, l’article de Daphnée Dion-Viens sur l’examen de français imposé aux futurs profs. Je suis chargé de cours à l’École des médias de l’UQAM et je vois la situation se dégrader depuis cinq ans. J’explique à mes étudiants en début de session que je ne suis pas prof de français, que je n’ai pas le temps de leur expliquer des règles qu’ils sont censés connaître depuis l’âge de 15 ans…

Après un premier exercice démontrant que moins de la moitié d’entre eux savent construire une phrase avec un sujet, un verbe et un complément, je les invite à suivre l’un des cours de rattrapage offerts par l’université. Année après année, personne ne me prend au mot et tous s’entêtent à rester. Résultat : la moyenne de mon groupe actuel, après trois exercices d’écriture, s’élève à 52% ! C

ertes, mes étudiants perdent des points parce qu’ils ne se conforment pas à des directives propres à l’écriture journalistique. Mais ils démontrent aussi, semaine après semaine, non seulement leur méconnaissance de leur langue maternelle, mais également l’échec de l’enseignement du français au Québec.

La seule étudiante qui maîtrise à la fois la grammaire et le vocabulaire est une jeune Moldave arrivée au Québec il y a trois ans.

Je crois que je vais demander l’asile linguistique à Chisinau…

Jean-François Gazaille, École des médias de l’UQAM

Article repris sur http://www.cyberpresse.ca/le-soleil/opinions/carrefour/201002/25/01-4255151-lasile-linguistique-a-chisinau.php