L’Union Européenne gagne du terrain en République de Moldavie

Le déblocage des conflits gelés en Moldavie et en Géorgie prend des directions différentes. Alors que la Géorgie et la Russie sont sur le point d’entrer en guerre, l’UE devient le principal facteur d’influence en Transnistrie. A Bruxelles, la Commission européenne a trouvé une stratégie pour reconquérir les mentalités de la population de Transnistrie en exerçant une pression sur les leaders politiques pour encourager les exportations au sein de l’UE et cela dans l’objectif de soutenir une Moldavie unifiée.

La réunification de la Moldavie sera un échec si elle ne s’inscrit pas dans le rapprochement de la Moldavie et de l’UE.

Le déblocage des conflits gelés en Moldavie et en Géorgie prend des directions différentes. Alors que la Géorgie et la Russie sont sur le point d’entrer en guerre, l’UE devient le principal facteur d’influence en Transnistrie. A Bruxelles, la Commission européenne a trouvé une stratégie pour reconquérir les mentalités de la population de Transnistrie en exerçant une pression sur les leaders politiques pour encourager les exportations au sein de l’UE et cela dans l’objectif de soutenir une Moldavie unifiée.

Pendant ces dernières semaines, Abkhazie (avec l’aide des forces armées russes) a abattu plusieurs avions géorgiens au sol ; alors que la Russie a augmenté sa présence militaire unilatérale dans la région séparatiste pro-russe. La probabilité de l’éclatement d’un conflit russo-géorgien, d’après l’Abkhazie, n’a jamais été tellement forte ces dernières décennies.

Le déblocage du conflit en Abkhazie est une conséquence du processus d’intégration de la Géorgie dans les structures euro-atlantiques. Cependant les évolutions des conflits séparatistes en Géorgie et en Moldavie sont très contrastées.

Le dégel transnistrien

Le processus de résolution du conflit transnistrien semble se dégeler d’une manière différence de celui du conflit d’Abkhazie. Le président moldave a rencontré le leader transnistrien Igor Smirnov après un silence de 7 années. Malgré que les présidents des parlements de Chisinau et de Tiraspol aient eu une discussion à Bruxelles, les efforts visant la réunification de la Moldavie semblent continuer par la création d’un groupe de travail moldavo-transnistrien.

La relance du processus de résolution du conflit transnistrien met en opposition la Moldavie et la Russie. Le gouvernement moldave promet de ne pas adhérer à l’OTAN, de légaliser les investissements russes en Transnistrie et d’offrir des garanties sociales et culturelles à la population de Transnistrie. En échange, la Russie promet d’exercer une pression sur les leaders transnistriens afin qu’ils acceptent la réunification. En effet il est facile d’être impressionné ou « aveuglé » par la diplomatie d’une Russie en pleine phase ascendante.

Il est aussi très facile de ne pas remarquer les actions de l’UE qui font rarement la une des journaux mais qui ont un impact substantiel sur le terrain.

L’Union européenne “européanise” la Transnistrie et la Moldavie

La logique des actions de l’UE dans cette région est la suivante : “Plus nous sommes présents plus nous sommes influents”. L’UE, avec sa stratégie de soutenir la réintégration de la République de Moldavie sur 3 niveaux, a changé les réalités sur le terrain, en forçant Tiraspol à négocier.

Les restrictions de déplacement dans l’UE imposées aux leaders transnistriens, le lancement des missions d’assistance à la frontière (EUBAM) et le nouveau régime douanier, introduit en mars 2006, à la suite duquel l’Ukraine n’accepta plus les exportations transnistriennes sans l’autorisation de la douane moldave, sont les résultats de l’implication de l’UE dans le processus de réglementation de la Transnistrie.

De telles actions de l’UE ont forcé environ 400 compagnies transnistriennes à se déclarer auprès de la ville de Chisinau. L’association de la nouvelle douane avec l’EUBAM crée des tensions sociales et politiques substantielles en Transnistrie ; les élites ont eu moins accès aux bénéfices issus de la corruption liés au trafic et à la contrebande ; le clivage entre les radicaux des alentours de Smirnov et les hommes d’affaires pragmatiques est plus évident que jamais, cependant la population est affectée par l’inflation et la crise économique. L’UE est à l’origine de cette situation de la Transnistrie et de ses alentours car elle a favorisé la réintégration économique de la Moldavie uniquement.

Le second élément de la stratégie de l’UE vise à européaniser la République de Moldavie afin de rendre ce pays plus attractif aux habitants de la Transnistrie. Le plan d’action entre l’UE et la République de Moldavie, l’accord facilitant l’obtention de visa et l’assistance économique aux services douaniers et aux gardes-frontière font partie de cette stratégie. L’élément le plus important de cette dernière est l’amélioration du commerce par le système de préférences généralisées (Generalized System of Preferences) et par l’extension en mars 2008 de certaines préférences commerciales autonomes (régime appliqué aux états des Balkans et à la République de Moldavie).

De plus, la République de Moldavie est devenue l’un des plus importants bénéficiaires au monde de l’assistance de l’UE par habitant - un niveau presque comparable à celui des pays des Balkans qui ont la perspective d’adhérer à l’UE. Quels sont les résultats de ces mesures ? En novembre 2007, lors d’une rencontre avec le représentant de la RM à l’UE, Kalman Mizsei, des hommes d’affaires de Transnistrie ont demandé à ce qu’ils puissent obtenir des visa plus facilement. Comme les mouvements de citoyens moldaves, les exportations de la Transnistrie vers l’UE augmentent de façon importante (59% d’augmentation entre 2006 et 2008) ce qui va rendre l’économie transnistrienne dépendante de l’UE aussi que de l’économie des compagnies enregistrées à la ville de Chisinau.

Aujourd’hui, l’UE est un marché d’ouverture plus important pour la Transnistrie que la Russie ou l’Ukraine. La commission européenne a un dialogue direct avec les personnes intéressées par les affaires en relation avec la Transnistrie et devient un joueur discret mais de plus en plus influent en Transnistrie.

Les universités transnistriennes ont le souhait d’être reconnues par la ville de Chisinau afin d’obtenir l’accès aux projets de coopération internationale et aux bourses européennes pour les étudiants.

Les exemples, cités ci-dessus, sont des moyens par lesquels l’UE rend la RM attractive et indispensable à certains « segments » de la société transnistrienne. Le troisième élément de la stratégie de l’UE tient des promesses de bénéfices économiques encore plus importants dans le cas de l’intégration de la RM à l’UE.

Dans une RM réunifiée, avec un espace économique unique et une frontière contrôlée, les habitants de la Transnistrie bénéficieraient de l’assistance de l’UE. Des discussions s’animent concernant le financement international de projets d’infrastructure de couloirs transeuropéens de transport qui traverseraient la RM et la Transnistrie.

Quel est le coût de la réintégration de la Transnistrie ?

Une discussion rationnelle est nécessaire autant en Moldavie que dans l’UE concernant les bénéfices et le coût de la réunification de la Moldavie. Les bénéfices sont clairs : une économie réintégrée, un contrôle intégral des frontières et l’espoir d’un état fonctionnel qui ne serait plus déchiré par l’existence d’un conflit séparatiste. Mais les coûts de la réintégration sont peu évoqués. Par exemple, quel sera l’impact de la réglementation sur le processus d’intégration européenne de la RM ? Et sur le système politique et le système de partis de la RM ? Le système politique de Chisinau sera-t-il suffisamment mature pour absorber la transformation de la Transnistrie sans souffrir de changements trop radicaux ?

La Moldavie est-elle prête à nommer le chef diplomatique de Tiraspol, Valeri Litkai, en qualité de vice-ministre des affaires étrangères de la Moldavie ? Ou le président du parlement de Tiraspol, Evgheni Sevciuk, en qualité de président du parlement ou encore de premier ministre de la Moldavie ? Quel va-t-il ressortir de la fusion des ministères de l’intérieur de Chisinau et de Tiraspol ? Et de la fusion des services spéciaux moldaves semi-réformés avec les services spéciaux non-réformés de Transnistrie ?

Que va-t-il se passer de la dette de 1.8 milliards de dollars qu’a la Transnistrie vis-à-vis de la Russie ? Va-t-elle être assumée par la Moldavie ? De quelle façon va la Moldavie éteindre cette dette ? Par la cession du réseau de chemins de fer et du réseau de centrales électriques à « Gazprom » ? La réponse à ces questions réside partiellement dans l’UE. La réunification réelle de la Moldavie n’aura pas lieu suite à la signature d’un document, qu’il soit appelé constitution, accord ou mémorandum.

La Chypre s’est réunifiée en 1964 suite à la signature d’une nouvelle constitution, mais cet accord a échoué en 1964 lors du déchaînement d’un conflit irrésolu jusqu’à aujourd’hui.

La réunification de la Moldavie sera un échec si elle ne s’inscrit pas dans le rapprochement de la Moldavie et de l’UE. Jusqu’à aujourd’hui, par les tensions sur la Transnistrie, par la fortification de la Moldavie et les promesses d’assistance en vue de la réunification de la Moldavie, l’UE a créé des réalités qui rendent possibles non seulement la relance des négociations, mais aussi la réalisation des perspectives de réunification du pays.

Cela ne se passera pas en cinq ou six mois. Mais pour la première fois depuis 1992, les circonstances sont favorables à la Moldavie. Plus la Moldavie se rapproche de l’UE, plus ce pays devient fonctionnel, attractif et plus les perspectives de règlement du conflit deviennent réelles, non seulement déclarées.

Commentaire par Nicu Popescu, publié sur http://www.interlic.md/Politic/5108.html, traduit par Maël Bieules.