Interview du nouvel ambassadeur de Moldavie en France

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Article par Gilles Ribardière

Oleg Serebrian
Oleg Serebrian

La considération portée par un état à l’égard d’un autre peut se mesurer par la qualité de l’ambassadeur qu’il désigne pour le représenter. A n’en pas douter, si on regarde avec soin le curriculum vitae du nouvel ambassadeur de la République de Moldavie en France, Oleg Serebrian, cet état, qui s’affirme, entend placer la France parmi les nations qui comptent dans la conduite de sa politique étrangère.

En effet, le gouvernement Moldave a entendu désigner une personnalité jeune – puisque née en 1969 – mais expérimentée aussi. En effet, Monsieur Serebrian qui a fait des études notamment à l’Institut Européen des Hautes Etudes Internationales de Nice et est docteur en sciences politiques, a exercé les fonctions de porte-parole du ministère des affaires étrangères de 1998 à 1999. Par ailleurs il a une compétence reconnue de spécialiste en géopolitique, la géopolitique de la mer Noire constituant un axe important de ses recherches.

Dès son arrivée à Paris, dans les nouveaux locaux de l’ambassade, rue Berlioz, Monsieur Serebrian a accepté de recevoir une petite délégation de l’association « Les Moldaviens » composée de deux de ses vice-présidents, Florent Parmentier et Gilles Ribardière.

Ce qui nous a frappé dans cet entretien, c’est le dynamisme de notre interlocuteur qui entend promouvoir son pays auprès de l’opinion française, tant il mesure combien celui-ci est méconnu. Il souhaite bien évidemment assurer un lien étroit avec ses concitoyens.

L’organisation du référendum du 5 septembre constitue une préoccupation forte du moment. Le précédent scrutin avait mobilisé en France 2500 Moldaves. L’ambassadeur vise le doublement de ce chiffre, sachant qu’aller au-delà apparaît peu réaliste. Il évalue en effet à 4000 le nombre de Moldaves en situation clairement régulière, tandis que 40 000 autres Moldaves ne le seraient pas. Evidemment, mobiliser ces personnes n’est guère facile. Trois centres de vote sont pourtant prévus : en région parisienne, où demeurent la très grande majorité des Moldaves vivant en France, à Strasbourg et à Toulouse. Par ailleurs, il est possible, selon le lieu où des citoyens moldaves se trouvent, d’aller voter par exemple à Gênes. Il n’y a pas de liste électorale : il suffit de présenter son passeport qui au moment du vote sera tamponné…

En fait, cette difficulté pour toucher les expatriés, certes est liée à la situation parfois peu claire de nombreux membres, mais aussi au peu d’intérêt que les gouvernements précédents leur ont porté. Monsieur Oleg Serebrian le regrette, rappelant que grâce à eux, l’économie du pays a pu tenir à peu près ! Et de nous rappeler non seulement le nombre de ses concitoyens habitant à l’heure actuelle en France, mais aussi ceux qui vivent en Italie : 350 000 dont 114 000 légalisés !

Même si les chiffres en France sont vraiment plus modestes, la tâche de l’ambassadeur est considérable.

Il évalue entre 60 et 70 les Moldaves qui quatre jours dans la semaine se présentent au consulat. Il y voit une occasion d’effectuer auprès d’eux un travail d’information afin qu’ils se sentent moins coupés de leur pays, sans s’interdire d’utiliser d’autres canaux tels que Internet.

A plusieurs reprises, il a souligné aussi son souci de promouvoir la République de Moldavie auprès des Français. Ainsi envisage-t-il des rencontres mensuelles à l’ambassade pouvant réunir une cinquantaine de personnes, et a-t-il accepté le principe de sa présence à des tables rondes trimestrielles organisées par le « Club Moldavie » qui se met en place sous l’égide de madame Durrieu, sénatrice, et monsieur Combarel, président des « Moldaviens ».

Il ne souhaite pas circonscrire son travail de sensibilisation sur la réalité moldave à Paris et ses alentours ; il a au contraire beaucoup insisté sur la nécessité de parcourir les régions de l’Hexagone. De même entend-il s’adresser aux médias aussi souvent qu’il l’estimera utile.

Nous avons par ailleurs été frappés par sa volonté de faire connaître au public français les talents artistiques de son pays, tel le jeune violoniste Ilian Gârnet, troisième lauréat du prestigieux concours « Reine Elisabeth » de Belgique, en 2009, mais aussi d’autres artistes qui, selon Monsieur Oleg Serebrian, devront être déjà confirmés ou porteurs d’un talent évident en voie d’être reconnu.

Sa volonté de créer des occasions de dialogue dans tous les domaines avec les citoyens français est particulièrement forte de même que sa préoccupation de maintenir le lien entre les Moldaves installés en France et leur pays. Dans ce but, il estime que le recours à tous les réseaux possibles s’impose comme une évidence, et à cet égard il a saisi l’offre de coopération des « Moldaviens » ; elle pourra se faire à travers les rencontres envisagées dès la rentrée ainsi que par l’intermédiaire du site Internet www.moldavie.fr et de la lettre mensuelle diffusée par mail. Ces deux vecteurs de communication accueilleront volontiers les informations que l’ambassade souhaite diffuser, mais aussi les tribunes que monsieur Serebrian pourrait confier au site.

Nous avons ressenti, tout au long de l’entretien, un souci d’affirmer que la République de Moldavie appartient bien au concert des nations, et qu’elle doit être reconnue comme un interlocuteur dont l’importance ne doit pas être seulement mesurée à l’aune de la taille ou de la jeunesse du pays, mais aussi de la qualité, du talent, du courage de ses citoyens.