Interview de Vlad Filat, premier ministre moldave, à Euronews

La Moldavie est en profonde mutation. Vlad Filat est à la tête d’un gouvernement pro-européen issu de législatives anticipées. Les résultats d’une première législative en avril avaient provoqué une vague de violence et paralysé la jeune République. Mais un nouvel obstacle de taille se profile à l’horizon - l‘élection par le Parlement du prochain Président de la République. Le manque de consensus et de majorité pourrait conduire à une nouvelle dissolution de la Chambre.

La Moldavie est située entre la Roumanie et l’Ukraine. Cette ancienne République soviétique a déclaré son indépendance en 1991. Euronews a rencontré Vlad Filat à Bruxelles, où le nouveau chef du gouvernement moldave a effectué son premier voyage officiel.

Rudolph Herbert, reporter en charge des Affaires européennes, Euronews : “Monsieur le Premier ministre, cette année la Moldavie a vécu deux élections législatives suivies de violences. Considérez-vous que la crise politique interne est aujourd’hui terminée ?”

Vlad Filat : “Nous ne pouvons pas encore dire que la crise politique est finie. Par deux fois nous avons eu des élections générales. Mais ces scrutins surviennent après 8 ans de gouvernance communiste en République de Moldavie, une gouvernance qui n’a pas été communiste que de nom. Pendant ces années-là, les citoyens ont été privés de leurs droits et de leur liberté. Et le gouvernement communiste a montré son vrai visage lors des législatives du cinq avril et surtout pendant les répressions qui ont suivi. Les conséquences ont été tragiques”.

Rudolph Herbert, reporter en charge des Affaires européennes, Euronews : “Monsieur le Premier ministre, que va-t-il se passer si aucune majorité ne se dégage au Parlement pour l‘élection du Président de la République Moldave ?”

Vlad Filat : “Pour l‘élection du prochain président du pays, 61 voix sur 101 députés sont nécessaires. L’Alliance pour l’Intégration européenne qui gouverne la Moldavie contrôle aujourd’hui 53 sièges. Il nous manque donc 8 voix qui devraient être fournies par le Parti des Communistes. Bien sûr il n’y a aucune garantie que ces voix seront données pour élire le président. Mais la situation d’aujourd’hui nous fait penser que les communistes voteront. Sinon, ils devront assumer la responsabilité de ce qui se passera dans le pays. Bien sûr, il ne faut pas exclure la possibilité que le Président ne soit pas élu ce qui serait synonyme de nouvelles législatives anticipées l’année prochaine.”

Rudolph Herbert, reporter en charge des Affaires européennes, Euronews : “Quels sont les principaux objectifs de votre gouvernement ?”

Vlad Filat : “Nous avons établi cinq priorités :

– une véritable intégration de la République de Moldavie dans l’Union Européenne,

– l’Etat de droit qui est un principe très important pour notre alliance,

– surmonter la profonde crise économique que connaît aujourd’hui la République de Moldavie,

– assurer une véritable indépendance du pays

– et que toutes les régions réintègrent le pays.”

Rudolph Herbert, reporter en charge des Affaires européennes, Euronews : “Quelles sont les perspectives relationnelles avec l’Union Européenne. Qu’entendez-vous par l’intégration de la République de Moldavie dans les structures de l’Union Européenne ?”

Vlad Filat : “Bien sûr notre but est que la République de Moldavie rejoigne l’Union Européenne. Mais cela peut prendre du temps. Et aujourd’hui nous ne savons pas combien de temps. Mais en avançant nous devons acquérir certaines choses pour nos citoyens. Nous espérons finaliser très rapidement un nouvel accord avec l’Union Européenne. Et nous voulons absolument réussir à libéraliser le régime des visas pour les citoyens de Moldavie.”

Rudolph Herbert, reporter en charge des Affaires européennes, Euronews : “Ne pensez-vous pas que les liens très forts qui unissent votre pays à la Russie puissent être un obstacle à l’intégration de la République de Moldavie dans l’Union Européenne ?”

Vlad Filat : “Non, parce que l’option européenne, n’est pas l’option d’un parti ou d’un gouvernement, c’est l’option des citoyens moldaves. La très grande majorité des citoyens voient leur avenir dans l’Union européenne.”

Rudolph Herbert, reporter en charge des Affaires européennes, Euronews : “Voulez-vous réintégrer la Transnistrie dans la République de Moldavie, et si oui comment ?”

Vlad Filat : “Dans un cadre pacifique, en impliquant tous les acteurs importants dans le processus de réglementation. Nous voulons que l’Union Européenne ait un rôle plus important dans les négociations, tout comme les Etats Unis. Nous espérons que le pays redevienne entier et que la réintégration de tous les citoyens ne soit pas seulement une action technique.”

Rudolph Herbert, reporter en charge des Affaires européennes, Euronews : : “Monsieur le Premier ministre, n’avez vous pas peur que la Fédération de Russie ne réagisse comme dans le cas de l’Ossétie du Sud face à la Géorgie ?”

Vlad Filat : “Nous n’avons pas peur, car nos engagements et les promesses faites à nos citoyens sont très solides et nous ne voyons pas pourquoi la Fédération de Russie aurait à réagir. La République de Moldavie est un pays indépendant et souverain, et comme stipulé dans notre Constitution, unitaire. La Fédération de Russie a reconnu le statut de la République de Moldavie et doit en respecter ses droits. Ce qui signifie que la Russie doit retirer ses armes et ses troupes militaires et ne doit pas être impliquée dans la préservation du régime séparatiste de Transnistrie.”

Rudolph Herbert, reporter en charge des Affaires européennes, Euronews : «  Y a-t-il une quelconque pression économique de la part de la Russie ? »

Vlad Filat : “Je ne dirais pas qu’il y a des pressions économiques de la part de la Russie, mais il faut reconnaître qu’il y a une grande dépendance économique vis-à-vis de la Fédération Russe. Tout d’abord, concernant la sécurité énergétique, nous sommes totalement dépendants au niveau de l’approvisionnement en gaz naturel. Nous avons aussi une certaine dépendance au niveau du marché concernant certaines denrées alimentaires.”

Rudolph Herbert, reporter en charge des Affaires européennes, Euronews : “Est-il question de réunir la Moldavie avec la Roumanie ?”

Vlad Filat : “J’estime que ce sont des spéculations utilisées par nos adversaires politiques. Nous allons restaurer le pays uniquement dans la seule sphère de valeurs de l’Union Européenne.”

Rudolph Herbert, reporter en charge des Affaires européennes, Euronews : “Malheureusement, la République de Moldavie est l’un des pays les plus pauvres d’Europe. Que va faire votre gouvernement pour améliorer cette situation ?”

Vlad Filat : “Tout d’abord, nous allons assurer une bonne gestion de la République de Moldavie, puis nous devrons libéraliser l‘économie de notre pays afin d‘établir des conditions favorables pour encourager les investissements et pour encourager les gens à revenir et investir dans notre pays. Ensuite nous devons mettre en place un système légal efficace dans notre pays afin que les citoyens aient des droits et qu’ils soient garantis. »

Rudolph Herbert, reporter en charge des Affaires européennes, Euronews : “Quel est le problème le plus urgent que votre gouvernement ait à résoudre ?”

Vlad Filat : “Malheureusement, nous avons beaucoup de problèmes et la plupart sont urgents. Mais si je devais en résoudre un ce serait trouver de nouvelles ressources afin de résorber le déficit budgétaire. C’est un problème énorme et c’est juste une petite part de l’héritage laissé par les communistes. Et dans le même temps nous devons mettre en place une série de réformes urgentes pour donner une perspective à notre développement économique. En retour, nous devrions avoir les ressources nécessaires pour nous auto-financer.”

Interview reprise sur le site http://fr.euronews.net/2009/10/07/vlad-filat-premier-ministre-de-moldavie/

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