France 24, chaîne d’information internationale

0 vote

France 24 est une chaîne de télévision française d’information en continu qui sera lancée le 6 décembre 2006. Elle se veut, selon les propos du ministre de la Culture Renaud Donnedieu de Vabres, une « CNN à la française ». Elle sera le pendant français de chaînes d’information internationales telles que les américaines CNN et Voice of America, la britannique BBC World ou l’allemande Deutsche Welle.

France 24 est accessible à :

www.france24.com

1987-1997 : de l’idée au premier projet Téléfi

En 1987, Jacques Chirac, alors Premier ministre, exprime le désir de voir naître une chaîne française d’information internationale et commande un rapport sur l’audiovisuel extérieur français, qui fait ressortir sa fragmentation (RFI, TV5, mais aussi, dans une certaine mesure, RFO, etc.), sa mauvaise organisation et son peu d’efficacité.

Avec le changement de majorité intervenu en 1988 et la nomination de Michel Rocard comme Premier ministre, le gouvernement lance un nouvel instrument Canal France International (CFI), banque de programmes destinée à fournir des programmes français pour l’étranger et en particulier l’Afrique, bientôt doublée d’une chaîne de télévision.

La guerre du Golfe en 1990-1991, relayée dans le monde par CNN International, révèle la puissance des chaînes d’information internationale et leur rôle dans la formation de l’opinion. Philippe Seguin souhaite alors la création d’un équivalent français.

En 1996, après 19 rapports en 10 ans, le Premier ministre Alain Juppé demande à Jean-Paul Cluzel, inspecteur général des finances, alors président de RFI, de concevoir un projet de chaîne française d’information internationale. Jean-Paul Cluzel propose en 1997 de réunir TV5, RFI et CFI au sein d’une société baptisée Téléfi. Le gouvernement décide de suivre cette recommandation.

Mais avec le retour au pouvoir de la gauche (à la suite de la dissolution de l’Assemblée nationale en 1997), le nouveau ministre des Affaires étrangères, Hubert Védrine, choisit de favoriser plutôt le développement des instruments existants et en particulier TV5 qui, sous l’impulsion de ses présidents successifs, Jean Stock puis Serge Adda, développe sa capacité de produire des programmes propres, notamment des journaux d’information, pour lesquels la chaîne constitue sa propre rédaction.

Avec, en outre, la création d’Euronews, le dispositif de présence audiovisuelle de la France à l’étranger devient chaque jour plus complexe, plus éclaté et plus coûteux, sans pour autant pouvoir s’appuyer sur une véritable chaîne d’information internationale en continu, à l’image de CNN International ou de BBC World.

2002-2003 : des réflexions relancées au projet CF2I

En 2002, Jacques Chirac relance le projet de chaîne française d’information internationale. Lors d’une allocution prononcée à l’occasion d’une réception en l’honneur du Haut Conseil de la francophonie au Palais de l’Elysée le 12 février 2002, il déclare :

« Est-il compréhensible qu’année après année, nous en soyons encore à déplorer les insuffisances persistantes de l’information et de l’audiovisuel francophone sur la scène mondiale ? Certes, nous disposons avec l’agence France Presse d’un remarquable outil d’information qu’il nous faut conforter sans cesse, notamment dans sa vocation mondiale. Certes, chacun s’entend à reconnaître les progrès récents accomplis par RFI, par TV5, par CFI, grâce aux efforts de leurs équipes et à la détermination des pouvoirs publics. Mais chacun constate que nous sommes encore loin de disposer d’une grande chaîne d’information internationale en français, capable de rivaliser avec la BBC ou CNN. Et les crises récentes ont montré le handicap que subissent un pays, une aire culturelle, qui ne disposent pas d’un poids suffisant dans la bataille de l’image et des ondes. Interrogeons-nous, à l’heure des réseaux hertziens, du satellite, de l’internet, sur notre organisation dans ce domaine et notamment sur l’éparpillement des moyens publics qui lui sont consacrés. »

Puis, le 7 mars, s’exprimant au Palais du Luxembourg devant les représentants des Français de l’étranger, dans le cadre de la campagne présidentielle, il indique plus précisément : « Nous devons avoir l’ambition d’une grande chaîne d’information continue internationale en français, à l’égale de la BBC ou de CNN pour les anglophones. C’est essentiel pour le rayonnement de notre pays. Et pour les expatriés, ce serait un lien vivant et immédiat avec la métropole. »

Après sa réélection, les premières réflexions sont engagées au ministère des Affaires étrangères, dirigé par Dominique de Villepin. Celui-ci missionne un diplomate, Philippe Baudillon, ancien directeur général de CFI, dont le rapport, qualifié de « technique », ne sera pas rendu public. Diverses options sont examinées :

  • rachat d’EuroNews par l’État français ;
  • création d’une chaîne ex nihilo, comme le propose le président de France Télévisions, Marc Tessier, qui avait fait valider par le précédent gouvernement un projet de chaîne nationale d’information en continue de service public, devant être diffusée sur la TNT, alors en cours de préparation ;
  • réalisation d’une version internationale de LCI, comme le propose TF1 qui demande, pour cela, une subvention de l’État ;
  • renforcement de l’information au sein de TV5 Monde, comme le suggèrent Serge Adda et les services du ministère des Affaires étrangères.

Des réflexions sont parallèlement engagées auprès du Premier ministre, Jean-Pierre Raffarin, dont un proche conseiller, Dominique Ambiel, anime un groupe de travail ad hoc où l’on trouve des hauts fonctionnaires et des professionnels de l’audiovisuel comme Patrice Duhamel et Norbert Balit.

Enfin, en décembre 2002, une mission parlementaire d’information présidée par François Rochebloine, député UDF de la Loire, se saisit à son tour du sujet, sans que le gouvernement l’ait d’ailleurs souhaité.

Les crises afghane puis irakienne confortent les autorités dans le projet, d’autant qu’en février 2003, CNN, Fox News et MSNBC censurent les longs applaudissements enthousiastes de l’assemblée du Conseil de Sécurité de l’ONU à la suite du discours de Dominique de Villepin à propos du conflit en Iraq. Le 19 mars, les travaux de la commission de Matignon débouchent sur un appel à projets lancé par un service du Premier ministre, la direction du développement des médias, pour « susciter le développement d’une chaîne d’information internationale. Émettant prioritairement en langue française, ce service aura vocation à assurer une présence plus importante et plus visible de la France dans la bataille mondiale des images, et à contribuer au pluralisme de l’information internationale en offrant aux téléspectateurs le choix d’un regard différent sur l’actualité, marqué par le point de vue singulier de notre pays sur les affaires du monde, par sa culture et par son génie propre, et valorisant ses liens historiques et géographiques privilégiés. La chaîne d’information internationale devra ainsi contribuer à une stratégie durable d’influence de la France dans le monde. »

Lors de la clôture de l’appel d’offres le 22 avril 2003, trois candidats ont répondu : France Télévisions et RFI défendent ensemble un projet entièrement public ; TF1 propose une version internationale de LCI ; Canal + veut créer une news factory pour alimenter sa filiale i>Télé, déjà présente dans 47 pays mais fortement déficitaire.

Un mois plus tard, la mission parlementaire rend ses conclusions, à l’unanimité de ses membres, représentant tout l’éventail des sensibilités politiques présentes à l’Assemblée nationale. Le consensus se forme autour de la création d’un groupement d’intérêt public (GIP) rassemblant l’ensemble des acteurs publics (France Télévisions, RFO, RFI, TV5 et AFP), dans le but de lancer la chaîne fin 2004.

Assemblée nationale française
Assemblée nationale française

Ignorant le travail de la mission parlementaire, qu’il n’avait d’ailleurs pas sollicité, le gouvernement demande à un député, d’ailleurs membre de la mission, Bernard Brochand, d’élaborer un schéma opérationnel à partir des propositions reçues en réponses à l’appel d’offres. Bernard Brochand tente de rapprocher Canal+ et TF1 mais n’y parvient pas. Il propose alors de rapprocher TF1 et France Télévisions, en écartant RFI, pour créer une chaîne détenue à 50 / 50 par le groupe privé et le groupe public, provisoirement baptisée CF2I ou CFII. Le parlementaire fait valoir que la nouvelle chaîne pourra ainsi bénéficier de l’expérience et des moyens (notamment à l’étranger), des deux principaux acteurs français en matière d’information télévisée : TF1 et sa chaîne d’information nationale LCI, France Télévisions avec les rédactions de France 2 et de France 3.

2004-2006 : des derniers rebondissements à la mise en place de France 24

Tout semble prêt. Lors de ses vœux à la presse en janvier 2004, Jacques Chirac émet le souhait d’un lancement en fin d’année mais différents mécontentements se cristallisent. Les députés de la mission d’information sont furieux que le schéma qu’ils ont proposé ait été écarté, sur la base d’un rapport confié à l’un des leurs. Les syndicats de France Télévisions stigmatisent l’alliance avec le privé, qu’ils dénoncent comme « le mariage de la carpe et du lapin », et le refus de soumettre la chaîne aux très protectrices conventions collectives de l’audiovisuel public, tandis que RFI est vexée de ne pas être associée au projet. Une partie de la presse ironise sur la prétendue modestie du budget de la chaîne - 80 millions d’euros au démarrage - qu’elle rapporte à un chiffre fantasmagorique de 600 millions d’euros qui serait le budget de BBC World. Enfin, le ministère des Affaires étrangères redoute que le budget de la chaîne ne soit dégagé au détriment de ses crédits et, en particulier, de ceux de TV5.

Face aux mécontentements, le cabinet du Premier ministre, Jean-Pierre Raffarin, temporise pendant toute l’année 2004. Le ministre des Affaires étrangères, Michel Barnier, annonce le 21 juillet, que la chaîne n’aura pas de budget avant 2007, ce que confirme le vote de la loi de finances en septembre, qui ne prévoit pas de moyens spécifiques pour la CF2I. Mais le Premier ministre doit céder sous la pression de l’Élysée : le 9 décembre 2004, lors d’une conférence de presse, Jean-Pierre Raffarin annonce le lancement de la chaîne d’information internationale en 2005 : « J’ai décidé, indique-t-il, de retenir le projet de société commune proposé par France Télévision et TF1. Voulue par le Président de la République, la nouvelle chaîne bénéficiera des atouts des grands groupes français, public et privé, de télévision et favorisera l’expression d’une vision française plus que jamais nécessaire dans le monde d’aujourd’hui. Le Gouvernement va déposer un amendement au projet de loi de finances rectificative pour assurer le démarrage de la chaîne à hauteur de 30 millions d’euros. » Cet amendement est voté le jour même par l’Assemblée nationale.

Le début de l’année 2005 est occupé à l’obtention des autorisations nécessaires de la part de l’Union européenne et des autorités de concurrence. Les syndicats de France Télévisions continuent leur opposition et font circuler une pétition en mars 2005. Le nouveau président du groupe public, Patrick de Carolis, qui prend ses fonctions à l’été et qu’on accuse d’être proche de l’Élysée, veut se dédouaner avec éclat de ce soupçon tout en faisant un geste à l’égard des syndicats ; il adopte, sur le dossier de la chaîne d’information internationale, une position offensive, mettant en doute la viabilité de l’alliance avec TF1 : « Pour être efficace, il faut un seul pilote dans la voiture ». Il exige que la chaîne soit diffusée en France, ce que réclament les parlementaires, car il suppose que TF1, soucieux de protéger sa chaîne LCI, refusera. En réalité, Patrick Le Lay, président de TF1, accepte la diffusion en France de la chaîne, et le schéma opérationnel est légèrement retouché pour substituer à la présidence tournante alternée tous les 6 mois entre TF1 et France Télévisions, un schéma de société à directoire et conseil de surveillance dans lequel la présidence du conseil de surveillance est dévolue au président de France Télévisions. Ces quelques aménagements nécessitent toutefois d’obtenir de nouvelles autorisations de la part des autorités européennes et françaises de concurrence, ce qui est fait sans difficulté particulière.

La naissance officielle de la chaîne est officialisée lors d’une communication au conseil des ministres du ministre de la Culture et de la Communication, Renaud Donnedieu de Vabres, le 30 novembre 2005 : « Le projet de chaîne française d’information internationale (CFII) […] permettra de proposer une vision propre à notre pays des événements internationaux et de renforcer sa présence dans le monde » au travers de cet outil « libre et indépendant ». Alain de Pouzilhac, ancien président-directeur général d’Havas, est désigné comme président du directoire, et flanqué de deux adjoints issus l’un de TF1 (Jean-Pierre Paoli), l’autre de France Télévisions (Ulysse Gosset).

Le 22 avril 2006, le journal Le Monde annonce que les dirigeants de la chaîne ont estimé que le sigle CFII serait imprononçable en particulier à l’étranger. Son nom a été rendu public le 30 juin 2006 : France 24 ou F24. Cette décision a été prise par le conseil de surveillance, présidé par le président de France Télévisions, Patrick de Carolis, qui a fait son choix dans une liste de cinq appellations parmi lesquelles France 24 faisait figure de favori avec « Version française ».

La première diffusion de France 24 a eu lieu le 6 décembre à 20h20, uniquement sur Internet en streaming. À partir du jour suivant, la chaîne sera diffusée sur le câble et le satellite, d’abord en France, en Europe, aux Proche et Moyen-Orient, en Afrique et aux États-Unis dans l’État de New York et dans le District de Columbia. Elle émettra d’abord sur deux canaux, l’un en français et l’autre bilingue (3/4 anglais - 1/4 français), et devrait intégrer des programmes en arabe courant 2007 puis en espagnol à plus longue échéance.

Organisation

À son lancement, France 24 dispose de 380 collaborateurs permanents dont 170 journalistes, 160 techniciens et 40 personnes dans la distribution et les directions fonctionnelles. 28 nationalités sont représentées dans ses équipes dont la moyenne d’âge est de 33 ans.

Le budget de la chaîne en 2007 se monte à 87 millions d’euros.

Capital

France 24 est détenue à parité égale par France Télévisions et le Groupe TF1 et dispose d’une dotation annuelle de l’État français de 80 millions d’euros.

Diffusion, réception et distribution

France 24 est une chaîne satellitaire diffusée sur 2 canaux vidéo distincts se caractérisant par la langue employée (lue et écoutée), mais à programmation identique, et recue par des structures domestiques et collectives au sol, de réception directe ou de (re)distribution..

France 24 est diffusée en mode numérique DVB-S Mpeg2 et en clair par notamment les 2 principaux satellites européens, Hot-Bird( 11.240 Ghz, Pol V, SR 27500 FEC 3/4)) et Astra ( 11.538 Ghz, Pol V, SR 22000, FEC 5/6) abritant, entre autres, les bouquets TPS et CanalSat.

En réception individuelle directe, l’emploi d’un simple kit satellite numérique basique (parabole monotête de 60/80 cm et terminal) convient dans l’hexagone pour capter France 24, dès 50 €. Pour la réception collective directe dans un immeuble (< 100 prises) une antenne satellite communautaire convient (un seul système de parabole(s), chacun son terminal de son choix, loué ou acheté ). Voir le syndic ou le gérant. ( ref : antenne sat dite Bis commutée )

L’abonnement à un bouquet commercial est donc inutile pour recevoir France 24.

Les éditeurs de bouquets commerciaux français par satellite devraient la reprendre, par validation de la chaîne sur leur terminal locatif. Le bouquet Canalsat diffusera la version française sur le canal 46, classée dans le bloc thematique des chaînes infos, et la version anglaise sur le canal 360.

L’État prévoit de préempter une fréquence sur la TNT pour diffuser France 24 gratuitement en clair sur la partie du territoire national desservi, taux de foyers, 80 % à terme du plan initial 2007, et incluse dans votre redevance télévision. Là aussi il est trop tôt pour savoir sur quel N° de préselection France 24 sera positionnée (entre chaîne 19 et 29 ?). France 24 sur la TNT devrait intéresser à terme 40 % des foyers.

Bien que l’accès à la chaîne soit libre et gratuit, via le mode « Streaming » (flux vidéo en direct et continu) , la distribution filaire non-hertzienne par les lignes ADSL (taux de répartition, 17 %) peut être considérée comme payante (puisque abonnement obligatoire à un FAI) car proposée par des structures et sociétés privées. Idem pour de nombreux réseaux cablés hertziens (" chaînes du câble ") qui devraient sûrement la proposer dans leur bouquet basique. Le taux de répartition est de l’ordre de 12%. Le N° de la présélection (ou N° de chaîne et pas de canal) est encore inconnu.

Le début de la diffusion de France 24 aura lieu le 6 décembre 2006 à 20h29 précises.

Dans un premier temps, France 24 sera reçue dans toute l’Europe, sur tout le continent africain, au Proche et Moyen-Orient ainsi que dans l’État de New York (notamment au siège de l’Organisation des Nations unies) et à Washington.

Programme

France 24 proposera des bulletins d’informations, magazines et émissions en plateau en français, anglais, arabe, puis espagnol. Pour alimenter son antenne, elle produira un tiers de ses images, bénéficiera des images et des correspondants à l’étranger de ses actionnaires (TF1, France 2 et France 3), et ainsi que de celles de ses partenaires (Agence France-Presse, RFI, RFO, TV5MONDE, CFI, UER, APTN et Reuters)