Ernest Vardanean - un cas d’arbitraire en Europe dans le XXI-ième siècle

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La tâche des journalistes dans le monde est pleine de risques. Reporters sans Frontières, chaque année, dans son rapport fait état de disparitions ou d’arrestations arbitraires de leurs confrères.

Cristina Burlacu nous donne un exemple qui se passe à l’orée de l’Union Européenne. Elle raconte avec sa sensibilité et sa conviction qui témoigne de son attachement à la liberté d’expression et de sa colère contre toute forme d’arbitraire.

Déjà depuis longtemps, je suis intéressée par la le destin du journaliste de Transnistrie Ernest Vardanean, emprisonné le 9 avril 2010 pour haute trahison et espionnage en faveur de la Moldavie et condamné à 15 ans de privation de liberté par les autorités de Tiraspol.

Ernest Vardanean
Ernest Vardanean

Ernest Vardanean est originaire d’Arménie. En 1980, il déménage à Tiraspol avec sa famille. Bientôt, il reçoit son diplôme de politologue. Après avoir finir ses études à l’Université d’État de Moldavie, Ernest revient à Tiraspol pour travailler. Au début, il est engagé par une agence de presse de Transnistrie „Olvia-press“. Pendant les années 2005-2008, Ernest travaille pour l’agence de presse russe „Novyi Region“ et, anonymement, pour la gazette « Puls ». Avant son arrestation, Ernest a obtenu une fonction au secrétariat de l’ONU. Ernest Vardanean était bien connu dans les cercles politiques et diplomatiques moldaves de Tiraspol et de Chisinau. Il est bien connu parmi les journalistes moldaves pour son attitude critique vis-à-vis du leader transnistrien Igor Smirnov.

Au mois de mai 2010, les chaînes de télévision transnistriennes diffusent une vidéo où Vardanean avoue qu’il a travaillé pour les services secrets moldaves - SIS (le Service d’Informations et de la Sécurité) - fait qui étonne totalement la famille d’Ernest. Celle-ci conteste la véridicité de ses mots et est très alarmée en ce qui concerne son état moral et physique. Bientôt, Ernest réussit de transmettre un S.O.S, où il affirme qu’il est torturé et demande l’aide des autorités moldaves pour son épouse et pour ses deux enfants qui sont menacés par les services de Tiraspol. Aujourd’hui le cas Vardanean est suivi par la mission OSCE à Chisinau, mais sans résultats.

Les autorités moldaves n’ont rien pu faire pour libérer Ernest. On voit une fois de plus le manque de contrôle par l’état moldave sur la région transnistrienne pour faire respecter les droits des citoyens. On sait que cette région a un régime anticonstitutionnel et illégal, qui n’a pas d’existence internationale reconnue.

Je suis encore étonnée par l’impuissance des autorités moldaves. Les officiels de Moldavie disent qu’ils ont fait tout leur possible. Victor Osipov, ex vice-premier ministre, déclarait bien : « on a sensibilisé toutes les structures internationales qui peuvent contraindre Tiraspol à changer leurs décisions », mais ce n’est pas suffisant pour résoudre un problème si grave qui me rappelle la terreur soviétique, les mesures totalitaires et la torture dans un siècle qui promouvait avant tout la démocratie et la liberté individuelle.

Selon moi, ce cas représente un acte d’intimidation, de censure et de limitation de la parole en tout premier lieu pour les journalistes de Transnistrie et pour tous les journalistes du monde, car on voit la violation des droits fondamentaux de l’homme ; mais pour le régime de Tiraspol c’est une chose ordinaire. C’est un fait inacceptable que le processus de jugement ait été fermé, sans même permettre la participation de l’avocat d’Ernest. Le dossier a été déposé à la Cour Européenne des Droits de l’Homme.

Aujourd’hui, les collègues journalistes d’Ernest Vardanean - La Fédération Roumaine des journalistes « MediaSind » et l’Union des journalistes de la République de Moldavie - s’élèvent contre la condamnation d’Ernest Vardanean et la privation de 15 ans de liberté. Les deux Unions de journalistes essayent d’attirer l’attention de la communauté internationale et mettent l’accent sur la violation des droits fondamentaux de l’homme inscrits dans la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme, la Convention Européenne des Droits de l’Homme et la Constitution de la République de Moldavie.

A mon avis, l’intervention internationale est totalement nécessaire pour résoudre ce problème et pour changer le futur d’Ernest. Bien sûr que la Russie peut mettre fin à cette histoire, mais le dialogue entre la Moldavie et celle-ci n’est pas suffisant pour réussir à libérer Vardanean. On peut aussi citer pour exemple l’intervention de l’Ambassade des États Unis à Chisinau.

L’ambassadeur américain est intervenu en organisant une rencontre entre Victor Osipov et Vladimir Yastrebceak - le ministre des affaires étrangères de Tiraspol.

Sensibiliser l’opinion publique internationale et agir pour obtenir sa libération est un sujet actuel qui doit être traité et résolu. Voilà pourquoi je m’adresse à tout le monde : Ne restez pas indifférents, puisque quelqu’un attend que les défenseurs des droits de l’homme et de la démocratie agissent pour les défendre ! Les journalistes ne doivent pas être victimes d’enjeux politiques régionaux.

Cristina Burlacu