Discours sur la francophonie

Discours du Secrétaire général de l’Organisation internationale de la Francophonie, Monsieur Boutros Boutros-Ghali, et I’ouverture du Forum de la société civile Genève, le 15 juillet 2002

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Monsieur le président,

Monsieur le Directeur général de l’ONU à Genève,

Monsieur le Secrétaire général de la CNUCED,

Excellences,

Mesdames et Messieurs les Délégués,

C’est un grand plaisir, pour moi, d’être, aujourd’hui, parmi vous, pour l’ouverture de ce premier Forum mondial de la société civile.

(…)

Si j’ai tenu à être des vôtres, aujourd’hui, c’est d’abord pour vous dire combien la place et le rôle de la société civile dans la coopération internationale ont toujours été essentiels a mes yeux, tant comme Secrétaire général des Nations Unies que comme Secrétaire général de l’Organisation internationale de la Francophonie.

C’est pour vous dire, aussi, combien le rôle de la société civile, dans le contexte de la mondialisation, est devenu déterminant. Car la mondialisation nous oblige de revoir, en profondeur, nos modes de réflexion et d’action. Elle nous oblige, en particulier, à repenser les liens entre le local et le global.

C’est la, vous le savez, une perspective qui s’inscrit dans le puissant mouvement de reconnaissance du rôle de la société civile sur la scène internationale, tel qu’il s’est dessiné, depuis les années 1990, a la faveur des conférences mondiales des Nations Unies, puis a la lumière de la redéfinition des enjeux de la mondialisation, a la suite de la Conférence de l’OMC a Seattle.

Vous constituez, bien sûr, des liens privilégies entre les instances politiques et les peuples. Vous avez, a ce titre, un rôle indispensable de médiation, de relais, de courroie de transmission à jouer.

Bien plus, le travail de terrain que vous accomplissez au niveau local, dans tous les domaines, ce travail, vous êtes souvent les seuls a pouvoir l’accomplir, à vouloir l’accomplir et à savoir I’accomplir. A cet égard, vous êtes des acteurs incontournables de la coopération internationale.

Mais vous êtes, aussi, l’expression de l’inventivité, de la créativité, de la réactivité de la société face a des Etats et a des Nations souvent dépasses par l’évolution des idées et des relations internationales.

Vous êtes sans doute, à l’heure actuelle, parmi les acteurs non étatiques les plus innovants de la société internationale.

Vous êtes enfin, et avant tout, le gage de la participation effective des citoyens, le gage du fonctionnement démocratique a l’échelle internationale.

J’ai eu l’occasion, à maintes reprises, de dire toute l’importance que j’attache à l’impératif de démocratisation, non seulement à l’intérieur des états, mais aussi entre les Etats.

Nous sommes entres, aujourd’hui, dans l’ère d’une société tout à la fois globale et transnationale. Et la mondialisation de l’économie doit aller de pair avec la mondialisation de la démocratie.

II nous faut donc réfléchir à un monde qui prenne en compte, non seulement la volonté des états, mais aussi les aspirations des acteurs économiques, culturels et sociaux.

Vous avez, dans cette perspective, un rôle essentiel à jouer comme nouveaux acteurs de la vie internationale.

Et il nous faut, dans cette même perspective, imaginer, tous ensemble, de nouveaux modes de concertation et, en particulier, une nouvelle génération d’organisations internationales. Des organisations qui englobent à la fois des acteurs gouvernementaux et des acteurs non gouvernementaux, des acteurs publics et des acteurs privés.

A cet égard, la Francophonie offre un exemple original d’une relation forte et évolutive entre les Etats et la société civile. Sans la Francophonie des militants et des mouvements associatifs, la Francophonie des Etats et des gouvernements n’aurait pas vu le jour.

La plus ancienne organisation internationale non gouvernementale de la Francophonie, -l’Union internationale de la presse francophone-, est née il y a plus de 50 ans. Elle tiendra ses 34e Assises e Genève, au début du mois de septembre prochain.

Aujourd’hui, l’Organisation internationale de la Francophonie comprend effectivement, à été de son Agence intergouvernementale, plusieurs opérateurs non gouvernementaux : I’Agence universitaire de la Francophonie, l’Université Senghor d’Alexandrie, l’Association internationale des maires francophones et même une télévision internationale, TV5 Monde, qui est actuellement la seule télévision fondée sur une base multilatérale.

La Francophonie s’est également dotée d’une Assemblée parlementaire qui s’est d’ailleurs réunie à Berne, la semaine dernière, à l’initiative du Parlement suisse.

Parallèlement à cet effort d’intégration harmonieuse de la société civile à I’OIF, notre institution a une longue et forte tradition de partenariat avec les ONG, qu’elles soient locales ou internationales.

C’est vrai dans le cadre de la concertation internationale. C’est le cas actuellement, par exemple, pour la préparation du Sommet de Johannesburg sur le Développement durable ou pour celui de Genève- Tunis sur la Société de I’information.

C’est vrai, aussi, au plan de la coopération. C’est ainsi que nous collaborons avec nombre d’ONG dans ces grands domaines d’intervention de la Francophonie que sent : la diversité linguistique et culturelle, le développement socio-économique, la promotion de la justice et des droits de l’homme, l’éducation et la formation, l’appropriation des technologies de I’information et de la communication.

C’est dans cet esprit, également, que nous avons mis en place un mécanisme de dialogue et de relations institutionnelles avec la société civile. Ce mécanisme repose, en particulier, sur une conférence biennale et sur un comite permanent de suivi des ONG internationales.

C’est dire combien nous serons attentifs à vos débats, à vos travaux, à vos propositions.

Cela étant, j’ai bien conscience que votre tâche n’est pas toujours aisée. Car les moyens financiers et logistiques dont vous disposez sent souvent insuffisants.

Que votre coopération avec les gouvernements et les organisations internationales reste, parfois, en deçà de vos aspirations.

J’ai bien conscience, aussi, des questions fondamentales qui se posent à vous, en termes de représentativité, d’équilibre Nord-Sud, d’indépendance, de cohérence.

Car ce sont les conditions essentielles à I’affirmation du rôle original de la société civile dans un monde qui soit, à la fois, véritablement solidaire, démocratique et pluriel. En effet, que vaudrait une société civile internationale qui tendrait à refléter les inégalités entre les nations et à reproduire les modèles dominants ?

Mais je sais, dans le même temps, la force, la conviction et la détermination qui vous animent, l’enthousiasme, la spontanéité et I’altruisme qui vous caractérisent.

Bien des grandes causes internationales -de l’environnement au développement, des droits de l’homme à la promotion des femmes- se sent imposées grâce à votre action.

Je sais, également, la force de coalition et de mobilisation que vous représentez.

Je sais la capacité que vous avez de conjuguer les exigences de I’unité et de la diversité.

Vous avez donc vocation à nous donner une plus exacte mesure, une plus juste conscience des grands enjeux contemporains.

C’est pourquoi je me réjouis vivement d’être à vos côtés, aujourd’hui. Et je voudrais former le vœu que votre Forum ; ouvre la voie à une participation, à part entière, de la société civile a la concertation et a la coopération internationales.

Une participation qui soit, non seulement pleinement acceptée, mais plus encore souhaitée par les uns comme par les autres.

Une participation propre à enrichir un dialogue des civilisations fonde sur de nouvelles formes de civilité.

Car, à I’heure où les nations entendent se mobiliser contre le terrorisme, l’intolérance et les guerres, il nous faut puiser, dans la philosophie des ONG, cette aspiration commune à vivre ensemble, à agir ensemble, à coexister dans un dialogue harmonieux.

Je vous souhaite donc le plus grand des succès dans vos travaux.