Deux semaines en Bessarabie - Partie 4 (fin)

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Article repris sur http://philbelanger.blogspot.com/2009/11/deux-semaines-en-bessarabie-partie-4.html

19 septembre 2009 - Jour 12 : Odessa

20 septembre 2009 - Jour 13 : Retour à Chisinau

Départ au matin de la gare d’autobus du « Privoz », nous prenons le même chemin contournant la Transnistrie.

Après quelques kilomètres, nous décidons de changer de place dans l’autobus, car une obèse pue sur un banc voisin. Impossible à endurer… surtout que le voyage sera plus long que prévu.

Le voyage aurait été bien si nous n’étions pas accompagnés dans l’autobus de femmes tziganes habillées en noir. Encore un problème de culture : au poste de douanes, les dames n’avaient pas de papiers dans les règles à présenter autant à la sortie de l’Ukraine qu’au poste d’entrée moldave à Palanca. Nous avons attendu d’interminables heures, donc nous ne sommes arrivés à Chisinau qu’en fin d’après-midi, après six heures de bus pour ne parcourir qu’à peine 180 km.
Peut-être que ces gens finiraient par comprendre si nous étions moins tolérants, comme de les laisser à la frontière pour le bien de tous, s’ils ne remplissent pas les exigences élémentaires du passage à la frontière : un passeport valide et les visas nécessaires. Ils trouvent toujours une faille, une bonne pâte, qui va les aider, être trop compréhensif avec eux, et cela va embêter tous les autres qui ont une vie, un horaire.

La dame la plus âgée pleure, pensant que le douanier se laissera influencer par quelques larmes de crocodile. C’est une autre forme de taxation.

Au Canada nous payons, et nous avons la paix un certain temps, jusqu’à temps que nos « autochtones » recommencent à nous menacer de bloquer les routes.

Les tziganes trafiquent, volent à la tire, embêtent les voyageurs en ayant pas leurs papiers. Ils sont là, errent, et certains touristes aiment les rencontrer dans leur misère « authentique », car ça fait différent, « typique », comme Tintin arrivant au Congo et trouvant des huttes, prenant des photos, content de son « safari culturel ». Je n’aime pas qu’au nom d’une culture différente, que certains soient des boulets pour la société. Je n’aime pas que l’on éduque des enfants à avoir une culture de boulet de société, au nom d’une culture, peut-importe la culture.

Moi, passer trois heures de trop dans un bus inconfortable avec des gens qui sentent mauvais, à un poste frontalier d’un pays dont je ne connais pas la langue, à cause de personnes qui se foutent des règles pour leur « culture »… ça m’emmerde. On pense refaire le « coup à l’indien » du genre : « Prends ton eau de vie, et retourne dans ta réserve » ça n’aurait pas pu fonctionner, car eux, ils errent partout.
Journée gâchée, mais au moins nous sommes de retour à Chisinau, seule notre patience et notre odorat a été mis à l’épreuve.

21 septembre 2009 - Jour 14 : Mémorial et gare centrale

Aujourd’hui nous commençons à préparer notre retour au Canada et nous visitons quelques sites dans la ville de Chisinau dignes d’intérêt comme la gare ferroviaire centrale, un centre d’achats de la fin du régime soviétique et le mémorial de la guerre.

Le centre d’achats « Unic » vaut le détour. Construit dans les années ’80, il constitue un vestige d’une utopie, un centre commercial chez les soviets. L’entrée n’était pas prévue pour les automobiles beaucoup moins nombreuses à l’époque, on y monte un petit escalier qui mène au niveau de la place bétonnée où se trouve l’édifice. À l’intérieur, une multitude de boutiques de tout, électronique, vêtements, électroménagers, mais toutes des boutiques sans nom.

Sur cinq étages vous pouvez faire vos emplettes, et d’un étage à l’autre vous y retrouvez des « escalators » à l’occidentale, mais qui font un bruit de machine à vapeur, lorsqu’ils marchent.

Le mémorial de la guerre est spectaculaire. Cinq baillonnettes qui pointent ensemble, représentant chacune des années de la grande guerre patriotique (nom de la 2e guerre mondiale dans l’histoire soviétique). Au centre, une flamme éternelle est gardée par des soldats aujourd’hui moldaves. Le site est entouré de monuments soviétiques. Au fond du parc, en retrait, derrière quelques saules, on retrouve le monument des soldats moldaves morts dans la guerre civile de 1992, ceux qui ont osé affronter la 14e armée russe postée du côté est du Nistru.

22 septembre 2009 - Jour 15 : Musées

J’ai visité deux musées, le Musée National d’Archéologie et le Musée des Sciences Naturelles de Moldavie. Dans ce dernier, on trouve le squelette d’un remarquable mammouth retrouvé sur le territoire Moldave et dans le premier, j’y ai vu des artéfacts grecs, d’autres de l’époque romaine et des Daces qui peuplaient la région il y a plus de 2000 ans. J’y ai même vu des vases de plus de 5000 ans et une cuve de bronze de près de 4000 ans.

Ensuite, j’ai consacré le reste de ma journée à tenter d’acheter quelques souvenirs pour mes proches.

23 septembre 2009 - Jour 16 : Retour au Canada

Tôt au matin nous quittons l’appartement en taxi, direction l’aéroport. Le contrôle de sécurité est plutôt élémentaire à Chisinau, je passe très rapidement, on ne regarde même pas ce que j’ai mis dans le bac pour la machine à rayons X. De l’autre côté j’ai un peu de temps en attendant mon vol de Air Moldova pour m’apercevoir qu’ici, contrairement à Montréal, j’ai droit à un accès wifi gratuit.

Mon vol de Vienne à Toronto a été très long, 9 heures, et nous étions entourés de parents qui voyagent avec des bébés. Je ne comprends pas pourquoi autant de parents sont mal pris au point d’amener des bébés qui braillent, qui ont mal aux oreilles dans l’avion, qui percent des dents, en voyage. Certains prennent littéralement le contrôle des allées. Tout cela au détriment du confort des autres, en particulier des personnes âgées. Parlant de personnes âgées, je ne comprends pas plus qu’on expédie « mémé » qui dépasse 90 ans, visiblement pas autonome, difficulté à marcher, avec tous les risques pour la santé que ça comporte, de l’autre côté de l’Atlantique, surtout non-accompagnée.
Mon retour s’est déroulé sans histoires, malgré que j’aie eu peur à Toronto de manquer mon avion pour Montréal. Je devais chercher mes bagages, ensuite m’enregistrer, repasser les contrôles, en seulement une heure.

J’étais aussi excédé de constater un autre de ses branchés Apple ne pas comprendre que lorsqu’on dit qu’il faut fermer ses appareils électroniques au décollage et à l’atterrissage, il faut le faire. C’est un manque de respect, et une inconscience, digne d’un bon leftist-selfish. Un voisin avec son portable refusait de le fermer à la demande répétée de ses voisins. Pire, une fois son portable blanc de snobinard fermé, il prenait son cellulaire aussi de marque Apple pour faire semblant qu’il allait appeler quelqu’un, pour rire de ceux qui lui demandaient de respecter la consigne de sécurité.

Une fois à Montréal, il me restait encore près de trois heures de route avec mon auto, route que j’ai du interrompre, parce que j’étais éveillé depuis plus de 26 heures, à part pour quelques minutes dans l’avion.
Le RedBull, la gomme, ne faisaient plus d’effets. Solution : arrêter et dormir 15 minutes.

Cette journée aura réellement été la plus longue de ma vie, lever à 4 heures, avant le soleil, trois vols, coucher de soleil après les trois vols une fois arrivé à Montréal, sept fuseaux horaires à l’ouest, puis 250 km d’auto.

Au rapport…

Hébergement en Moldavie

Les Moldaves, et les gens de Chisinau demeurent pour la plupart dans des conditions d’hébergement de quasi-tiers monde. Les « HLM » de béton construits il y a à peine 30 ans sont désuets, mal entretenus, et modifiés de façon qu’ils deviennent dangereux. Ils étaient déjà très peu pratiques lorsqu’ils étaient neufs. Des commerces installés au bas des tours d’habitation après la chute de l’Union Soviétique ont détruit des murs porteurs pour faire plus d’espace. Nous sommes pourtant dans une zone où il y a une certaine activité sismique, où un séisme de 6 ou 7 est possible, ce qui causerait des dommages considérables, et qui rend possible des dizaines de milliers de morts.

Les villages même près de la capitale n’ont pas l’eau courante. L’eau fuit dans les rues de la ville et mine le sol. Partout, on peut avoir à respirer l’odeur des égouts. Le jeune maire libéral (pro-occidental) de Chisinau aurait trouvé une solution à ce vieux problème dont on verra les résultats bientôt, semble-t-il.

En gros, du côté de l’Ukraine c’est moins pire, mais tout ce qu’on voit en Moldavie, on peut le trouver. Les édifices d’habitation soviétiques semblent mieux entretenus, mais certains semblent aussi en piteux état.

Hygiène et criminalité

Il y a deux types de Moldaves, ceux qui se lavent, et ceux qui ne se lavent pas. Dans les transports publics ou dans la rue, on tombe facilement sur des villageois qui sont venus envahir la ville, qui puent fortement. Souvent des gens de 45-60 ans, parfois ce genre de dame obèse graisseuse aux cheveux courts, d’allure pas intelligente du tout, comme celle que j’ai croisé dans le bus au retour de Odessa… Bien sûr, ce type de « chose » vote communiste.

Presque partout on croise des hommes jeunes et moins jeunes aux yeux bouffis, sales, qui sentent l’alcool, la bière. On boit sur la rue, donc le contrôle du comportement des alcooliques est quasiment impossible à réaliser pour les forces de l’ordre. Demain interdire la consommation de bière dans la rue causerait probablement des contestations : il y a une classe de gens qui se foutent de vivre dans la merde, en autant qu’ils ont leur petit biberon. Une telle mesure serait accueillie comme digne d’un régime totalitaire… sauf probablement par ceux qui voient le problème et qui ont comme souci de vivre dans une société plus civilisée.
Malgré tout, en Moldavie, à Chisinau, je n’ai jamais senti que je n’étais pas en sécurité, à part une fois le soir sur un trottoir pas éclairé. Ma compagne trouvait que je marchais rapidement. C’était les premiers jours, j’étais un peu insécur.

Ça fume partout, même dans les restaurants. Je n’étais plus habitué à cela, chez nous, on a chassé la cigarette des lieux publics après que j’aie cessé de fumer. Les trottoirs sont pleins de crachats, on voit ces hommes fumeurs cracher parfois en direction, ou très près de quelqu’un, au travers des passants. C’est très désagréable, et encore une fois très peu civilisé. C’est pareil dans les quartiers ordinaires de Odessa.
Les chiens errants que l’on voit partout ont parfois l’air très malades. Il arrive qu’un groupe de chiens court après un chien seul qui semble avoir mis les pattes sur un territoire qui n’était pas le sien. Ils sont à la hauteur des enfants qu’il faut surveiller davantage. Dire que ce fléau est encore présent seulement grâce à l’intervention des stupides animalistes d’Europe occidentale qui s’ingèrent dans la gestion sanitaire d’un pays avec des problèmes.

Pour terminer, tant sur l’hygiène, la sécurité, l’hébergement, vous trouverez des conditions en Moldavie ou en Ukraine supérieures à ce que vous trouverez au Mexique ou dans bien des pays d’Amérique Latine. Je suis sévère dans mes descriptions de mon point de vue de Nord-Américain. C’est parfois délabré, mais vous ne trouverez pas de bidonvilles, ni de campings de sans-abris comme en France. Je n’ai vu qu’un seul sans-abri en deux semaines. Ce n’est pas si violent que ça, mais le respect de certaines règles s’impose : on fait comme tous les Européens, on tient son sac ou sa sacoche solidement devant son corps.

Politique et économie

La Moldavie aspire à l’Europe, bien qu’il lui reste énormément de chemin à faire, comme un règlement de la question transnistrienne, et pour ce faire, le pays, ce nouveau gouvernement porteur d’espoir, aura besoin de soutien international face aux pressions néfastes, corruptrices, de Moscou.

Pour le moment, la république fantoche de Transnistrie n’est pas proche d’être soit séparée définitivement de la Moldavie, ou rattachée à la Moldavie, options qui constitueraient autant une solution durable à ce conflit qui a éclaté avec la chute de l’URSS et qui a causé la guerre civile de 1992. Bien que tous les pays reconnaissent la région comme faisant partie intégrante de la Moldavie, qu’aucun pays ne reconnaisse l’indépendance de la Transnistrie, la Moldavie n’exerce aucun pouvoir sur administration de la région sécessionniste. La Russie qui elle aussi ne reconnaît pas l’indépendance de la république auto-proclamée, soutient financièrement et diplomatiquement un statu quo qui permet d’avoir un levier sur la Moldavie qui force une orientation politique-économique plutôt sur l’est (Moscou) et entrave les visées européennes et libérales du peuple.

La Russie ne semble pas vouloir relâcher bientôt la pression sur les territoires qu’elle juge de sa « sphère d’influence », avec une mentalité digne de la guerre froide. Bien sûr, tous les anti-américains, habituellement anti-occidentaux, à la sauce socialo-verte-rouge ont ce genre de mentalité de « blocs » est-ouest. Pourtant, les États-Unis ne dirigent pas grand chose au Canada ou en Europe occidentale, ils n’ont pas à imposer leur vision du monde, l’Occident partage des valeurs.
Encore aujourd’hui l’idéologie communiste est bien vivante dans cette région et s’associe à une nostalgie soviétique, et à un mépris de l’Occident et de tout ce qu’il représente. Ce problème n’a pas fini de faire du mal à ces pays où nous retrouvons quand même une volonté de changement dans les classes les plus actives, instruites, malgré la fuite vers l’ouest de millions de jeunes, qui cause un déficit démographique majeur qui hypothèque le développement à long terme.

L’économie Moldave restera relativement faible tant qu’elle reposera entre les frontières de l’Europe et le « bloc » russe, ce qui limite les investissements étrangers. Cette économie repose beaucoup sur l’agriculture. La Moldavie a un PIB/habitant inférieur à 3000$, ce qui le place au niveau de certains pays africains. Pourtant, vous y trouverez plus de misère en Amérique Latine, dans des pays ayant un PIB/habitant entre le double et le triple de celui de la Moldavie.

En conclusion

Ce voyage a été enrichissant pour moi, il m’a fait sortir de ma zone de confort et m’a appris que chez moi au Québec, bien que nous sommes en peloton de queue de l’Amérique du Nord, nous jouissons d’un confort enviable. Notre « sang latin » très relatif, est apparemment, et heureusement, déjà noyé dans un standard Nord-Américain Anglo-Saxon, ce qui nous permet ce confort.

Pour répondre à une question que plein de gars me posent : Oui, les filles sont très- très belles… très peu d’obèses. Elles sont parfois un peu trop « arrangées », « maquillées » pour l’occasion.

Après tout, comme on me l’a déjà affirmé, cette région que j’ai visitée dans ce voyage, est sensiblement au niveau de développement que pouvait être l’Italie ou l’Espagne il y a une trentaine d’années, hormis un PIB très bas. D’ailleurs, c’est une preuve éloquente que le PIB ne constitue pas un bon repère pour évaluer le niveau de développement, le niveau de vie, d’un pays.

Des surprises ont survenu depuis la fin de la guerre froide et encore cette année avec la défaite des communistes de Voronin. Souhaitons que cette fois c’est la bonne pour le peuple moldave.

  • FIN-