Deux semaines en « Bessarabie ». Partie 1

Article repris sur philbelanger.blogspot.com

Je reviens d’un voyage de deux semaines en Moldavie et en Ukraine. Un voyage en pleine Europe de l’Est, celle qui ne connait pas le même « boom » économique depuis la chute du bloc de l’est. Un voyage dans un pays qui était encore dirigé par les communistes au début de mon séjour, mais en transition car ils ont perdu les élections du 29 juillet dernier. Je vous fais part de mes observations du Nord au Sud de la Moldavie, et d’une escapade en Ukraine à Odessa au bord de la mer Noire, dans deux ex-républiques de l’URSS.

8 septembre 2009, Jour 1 : Montréal-Toronto-Vienne

Après une course de taxi de 100$ à Montréal, dans une voiture vieille de dix ans avec les freins finis, j’arrive à l’Aéroport Trudeau où je dois patienter quelques heures avant de m’envoler vers Toronto, pour rejoindre un vol pour Vienne. À Toronto je dois courir, parce que j’ai peu de temps, et que je dois manger quelque chose en passant. Pearson est très grand, mais très bien fait. À Vienne, l’aéroport semble être grand, il est un « hub » pour toute destination de l’Europe de l’est, mais les terminaux sont petits, il manque de place pour les voyageurs, on en voit qui sont assis au sol. Alors que nous allons faire vérifier nos billets au comptoir, un homme essaie de dépasser les autres en ignorant la filée… je le regarde avec mes yeux de nord-américain qui n’accepte pas ça, ce qu’il ignore.

Je passe un autre point de contrôle, cette fois on me demande d’enlever mon portefeuille qui tient sous mon t-shirt avec une ganse autour de mon cou. J’explique en l’ouvrant qu’il n’y a que du papier et de l’argent, mon passeport… faut que je l’enlève quand même, ce que je n’ai pas eu à faire à Montréal et à Toronto. Je suis furieux contre cet imbécile d’avoir à retirer ce dispositif antivol, pour contrer les vols dans les aéroports qu’ils permettent grâce à leur laxisme bien européen. C’est le royaume du voleur ici, j’en suis parano-convaincu par tous ces témoignages que j’ai reçu. Je suis obligé de transporter un montant « cash » compte tenu de ma destination pas très fiable pour les cartes de crédit. Oubliez les chèques de voyages ici, à moins de vouloir perdre une journée à trouver où les échanger. Je n’ose pas m’imaginer sans mon cash et avec une carte bloquée en même temps.

Il y a que très peu de sièges et il y en a seulement aux endroits prévus pour l’attente de l’avion. Je suis près des portes A20-A21 pour les départs vers Moscou et Chisinau. Il y a une boîte de verre pour les fumeurs à l’intérieur du terminal, évidemment alors, ça sent la cigarette partout. Cela me semble totalement dépassé, même complètement stupide, même si chez nous c’était possible il y a quelques années encore. C’est exactement comme la « parabole » de la piscine avec une section « pisseur » popularisée par André Arthur.

9 septembre 2009, Jour 2 : Arrivée à Chisinau

J’ai le cœur solide pour les transports, j’en ai eu la confirmation avec ce vol dans un Embraer 120 d’Air Moldova, un petit avion d’une trentaine de places rempli à la moitié qui balance au gré du vent. L’hôtesse d’une très grande beauté nous a remis un repas très bon pour un avion, à preuve, l’équipe de pilotage qui a mangé de ce repas, meilleur que celui avec Austrian Airlines, qui lui me fait encore flatuler abondamment.

Arrivée

Je me demandais quelle partie de l’avion allait toucher le sol en premier… le bout de l’aile, la queue, le nez, les roues, mes genoux… j’imagine faire la position de sécurité en cas de crash. Finalement tout va bien un coup que les roues ont touché le sol, malgré que le derrière de l’avion semble aller vers un côté opposé au devant. Il fait pourtant très beau.

Dans l’avion tout le monde semblait calme, comme si ces mouvements étaient normaux, ce qui est probablement le cas. Je m’inquiète surement parce que j’ai peu d’heures de vol, surtout en petit avion à hélices.

Au sol, un grand aéroport presque désert, une affiche qui me souhaite la bienvenue en Moldavie, des édifices désaffectés et délabrés près des pistes et un cimetière pour avions. Nous débarquons sur le tarmac, un bus nous prend pour nous amener au terminal. Des policiers en uniforme typique est-européen, casquette verte et haute, sont dans le bus. Je n’ose pas les prendre en photo, même s’ils devaient être cadrés par hasard, en fait je pense plus ranger doucement mon appareil.

L’intérieur de l’aéroport est spacieux et sent le neuf, il n’y a que très peu d’employés. Je présente mon passeport, estampe, aucune question, j’ai passé en trente secondes. On se fout de ce que je viens faire ici et de ce que j’ai dans ma valise. C’est étrange.

Nos trois valises sont déjà là, au moins, pas de problèmes.

Mon beau-frère et ma belle-sœur sont là pour nous accueillir aussitôt, et je dois passer à travers une lignée de chauffeurs de taxis insistants. Ils sont plus nombreux que les passagers, même que tous les voyageurs présents dans l’aéroport. Petite ballade en Opel jusqu’à chez ma belle-mère, en seulement cinq minutes nous sommes rendus. C’est un choc… les édifices semblent défraîchis, le grand boulevard Dacia est cahoteux comme au Québec, une série de publicités sur panneaux au centre de la route indique que ça ne parle pas français, ni anglais ici.

Sur un panneau qui semble revenir souvent une petite fille souriante mange des petits gâteaux qui ne sont pas des gâteaux Vachon.

Sur la route c’est un mélange de véhicules européens, coréens et japonais récents avec un certain nombre de Lada. J’ai vu ma première voiture de police Lada en quelques minutes.

Je n’ai jamais vu le Mexique, ou tout autre pays en développement, la Moldavie m’apparaît comme un pays qui se débrouille dans des conditions économiques très serrées. Près de la maison en soirée, il y a au stade un match de soccer important entre la Grèce et la Moldavie. Les partisans sont bruyants mais de bonne humeur au bas dans la rue.

Ma belle-famille sont comme je le pensais, très gentils, et mon petit neveu est adorable.

10 septembre 2009, Jour 3 : Tour de Chisinau

À la maison, près de la fenêtre j’ai accès gratuitement à internet : « Liberty wi-fi ». Une idée du jeune maire libéral de la ville, d’installer des hot spots gratuits dans la ville. Il y en a donc un à proximité. Génial ! Un problème de moins à solutionner.

Développements politiques

À la radio, on apprend que les Communistes qui ont perdu les élections anticipées du 29 juillet dernier, ne collaboreront pas au gouvernement de la coalition anti-communiste, ce qui provoquerait les troisièmes élections générales depuis avril. La télé nationale diffuse des dessins animés.

En avril la situation a dégénéré au point que la ville a été coupée du reste du monde avec un black-out internet et téléphonique provoqué, alors que le parlement brûlait. Pour le moment je ne crois pas que ça dégénère à ce point pendant mon passage. En fait je suis ici d’abord pour raisons familiales, ensuite pour voir le pays et décrire la situation.

En fait… qui sont-ils ces gens qui ont vécu d’aussi près l’échec du communisme, mais qui croient encore que ça peut marcher ?

Je prends donc le bus qui coûte 3 lei (30cents CAN) d’une compagnie privée qui dessert la ville en concurrence des trolleybus municipaux (1 leu) qui fonctionnent à l’électricité des fils au-dessus des rues.

Le bus a apparemment des problèmes de suspension compte tenu des bruits de craquement à chaque mouvement. Nous nous dirigeons vers le centre de la ville, là où il y a les édifices importants, le siège du gouvernement.

Nous passons près de la mairie, nous cherchons une banque où l’on peut changer les dollars canadiens en lei moldaves, ce qui est plus rare que l’année passé selon ma compagne. On trouve des jeunes et des étudiants dans les parcs avec leur ordinateur portable autour de points d’accès, portrait de modernité.

J’ai visité un parc avec un grand escalier, qui donne sur un monument dédié aux policiers moldaves morts en service. Au bas, nous devrions trouver un lac… mais la végétation qui a poussé à cet endroit cache que le lac est complètement à sec. C’est alors qu’on me raconte l’histoire d’un scandale dans la ville, et que mes oreilles journalistiques sont dressées, curieuses de savoir ce qu’il en est.

Devant ce parc, une affiche annonce les travaux pour retaper ce grand parc urbain, dont certains se plaignaient de l’odeur du lac. Les travaux sont annoncés pour 2002, nous sommes en septembre 2009. Un fonds des Nations Unis pour le développement durable a débloqué de l’argent pour payer les travaux.

Sauf que l’argent a disparu, et les travaux ne semblent jamais avoir réellement commencé, sauf pour avoir mis le lac à sec. Depuis sept ans, ce parc qui devait avoir l’allure d’un espace vert noble à la « Central Park », est détruit, saccagé par la corruption. Le contour de l’ancien lac est délimité par une promenade de béton avec des bancs arrachés. Branches, feuilles, détritus, recouvrent la promenade. Plus loin, de retour dans un peu de verdure moins désolante, se trouve un théâtre d’été, toujours en fonction. Près de là on a coupé de majestueux arbres, qui devaient être énormes. Les billots de bois de diamètre supérieur à 1,5 - 2 mètres restent là, témoins d’un saccage.

Le pire du saccage, c’est les limites de ce parc qui ont été déplacées, afin de donner des terrains à des hauts placés qui tenaient à y installer leur manoir. On a dépossédé la population de la ville d’un magnifique espace vert, on a asséché le lac et les « nobles » on installé leurs cabanes insolites dans ce parc. Insolites parce que la moyenne des gens dans le pays sont très mal logés, salubre ou presque, mais défraîchi. Les travailleurs peuvent difficilement se payer mieux, tandis que la nomenklatura locale semble n’avoir aucune limite dans sa grossièreté.

Consolons-nous, le sol de ce terrain semble un peu trop meuble et l’assèchement du lac semble provoquer un déplacement du terrain en bas de la côte. Peut-être qu’ainsi, justice sera faite, naturellement.

Voilà ce qui est aussi grossier : Un patronat qui a appuyé les communistes, et ce même patronat qui demande au nouveau gouvernement pro-occidental pourquoi il n’a pas été « consulté » pour sa composition. J’ai toujours eu des doutes avec ces hommes d’affaires qui chez nous jouent dans la pseudo « compassion » pour les pauvres, et vantent notre « état-providence », surtout lorsqu’on sait qu’ils profitent de subventions à touts nivaux et de « fast-track » dans leurs activités. Ici c’est le comble, un patronat qui a appuyé les communistes : Voilà un indice qui en dit long sur la santé sociale et politique de ce pays, voilà qui en explique une partie du fait que l’on retrouve des jeunes femmes Moldaves qui vendent leur corps, ou sont vendues par des trafiquants d’humains à travers l’Europe entière sans que personne ne fasse quoi que ce soit.

Au retour en début de soirée, nous faisons quelques emplettes dans un magasin moderne où l’on trouve de tout. Électroménagers, électronique, nourriture, vêtements. Je jette un coup d’œil aux prix des électroménagers. Les moins chers sont un peu plus dispendieux que ce que l’on peut retrouver chez nous. Les télévisions haute-définition sont au moins 40% trop chères, bien que les prix affichés comprennent la taxe de vente. La nourriture elle est moins dispendieuse, dans une marge de 15 à 25%. La vodka se vend pour environ 10$ le 40oz. On vend de la bière russe dans des bouteilles de plastique de 2,5 litres. C’est un paradis pour les alcooliques. Notons pour prendre compte du pouvoir d’achat que les Moldaves ne gagnent qu’une fraction en salaires que ce que les voisins Roumains gagnent. Comment se payer une télé HD, si pour vivre, te déplacer, avec des études en main, tu ne fais même pas 500$ par mois.

11 septembre 2009, Jour 4 : tout et rien

Pour continuer d’utiliser mon accès wifi « gratuit » sans des limitations, je dois payer un montant symbolique qui couvrira tous mes besoins de télécommunications pour le restant de mon séjour ici. 120 lei c’est seulement 12 dollars. Dire qu’à Montréal on voulait me charger 10$ pour une seule journée, une utilisation de quelques heures dans l’aéroport. On s’inscrit sur la page du fournisseur, on va payer à un guichet situé à quelques coins de rues, un guichet où l’on peut payer pour plein de services, comme temps d’antenne pour téléphone mobile de plusieurs compagnies.

En cette journée, j’écris, je m’informe, on se repose un peu. C’est le 11 septembre, il y a huit ans, des barbares arriérés attaquaient la civilisation.

Faits divers et plus

Un homme est mort près d’ici sur le Boulevard Dacia, frappé par une automobile. Il traversait à un endroit non-prévu pour traverser et la conductrice de la voiture allait trop vite. J’ai vu l’ambulance avec ce son d’ambulance française « pin-pon » se diriger vers le lieu de l’accident.

J’aurai été en Moldavie le jour de la démission du président communiste des huit dernières années, Vladimir Voronin. Tel un mauvais perdant au jeu de la démocratie, il a déploré remettre le pouvoir « à n’importe qui » alors que le pays est en pleine « prospérité ». On a fêté ça avec une bière russe « Baltika 3 ». Demain nous faisons route vers le nord du pays.