Créer une Association des Etudiants Francophones de Moldavie.

Discours de l’étudiante Valeria Varta (Université d’État de Moldavie, gr. 121 B) lors de l’inauguration des journées de la francophonie à l’Université d’État de Moldavie (le 20 mars 2008).

Votre Excellence, Monsieur l’Ambassadeur de la France en Moldavie,

Honorable assistance,

Chers professeurs, chers collègues,

Je suis étudiante en dernière année de licence, au Département de Philologie Française, à la Faculté des Langues et Littératures Étrangères de l’Université d’État de Moldavie.

Mon but serait de me prononcer, dans ce qui suit, sur ce qu’inquiète les étudiants moldaves francophones, problèmes qui sont familiers, je crois, aux étudiants de toutes les universités.

J’ai la chance d’étudier à une Université qui est vivement engagée dans la promotion de la francophonie et j’ai aussi la chance de bénéficier des ressources du centre d’accès à l’information de l’Agence Universitaire Francophone, Antenne de Moldavie, ainsi que des ressources de la bibliothèque de l’Alliance Française de notre pays. Il est évident qu’au niveau de la documentation, moi et mes collègues, nous sommes plus favorisés que nos homologues d’il y a 10 ans. Toutefois, aujourd’hui d’autres questions s’imposent dans le milieu estudiantin.

Je prends au hasard un numéro d’un quotidien national, dont la rubrique « Offres de travail » contient 13 annonces qui exigent la connaissance d’une langue étrangère et voici ce que l’on demande :

o 10 fois l’anglais

o 1 fois le français

o 1 fois l’allemand

o 1 fois une langue au choix (anglais, français ou allemand).

Même en l’absence d’une rigoureuse étude statistique, ces derniers chiffres sont évidemment en concordance avec le classement des pays investisseurs selon le nombre d’entreprises, dans notre pays. Nous voilà donc devant une situation délicate pour la langue française dans l’économie moldave. Il y va d’un dilemme qui est loin d’être nouveau : étudier le français, puisque c’était notre désir depuis toujours, puisque cette langue nous fascine et puisque cette langue est associée dans notre imagination à la culture et à la civilisation ; étudier le français puisque cette langue a permis au roumain de Moldavie de survivre à la politique d’humiliation linguistique et culturelle sous l’empire soviétique ou faire table rase de tout ceci et concorder nos projets d’avenir avec ce monde en changement perpétuel, dont nous sommes élus et victimes en même temps ?

Nous voudrions alors que notre université construise des partenariats, afin de remplir son rôle social, qu’elle soit une université qui valorise la communauté. Normalement, les universités sont une symbiose avec leur époque et leur spécialité, c’est le savoir et l’acquisition de connaissances qui permettront de former les leaders, les chercheurs et les professionnels qui œuvreront au sein de leur communauté et de la société. Si nos universités forment à merveille des esprits, nous croyons qu’elles devraient se concentrer ensuite sur la formation des gens qui sauraient valoriser les acquis, dans le domaine de base ou les domaines connexes. Un autre problème important est que le monde francophone ignore beaucoup, dans la plupart, notre existence. Ma suggestion serait de créer une Association des Etudiants Francophones de Moldavie. Je ne sais pas si un organisme pareil existe, dans tous les cas, nous croyons que s’il existe, il n’est pas encore tellement fort.

Cette association se proposerait de populariser dans le monde francophone les valeurs de la culture et de la civilisation roumaines de Moldavie ; de promouvoir par tous les moyens dont elle dispose les valeurs fondamentales de la culture, de la langue et de la civilisation françaises en Moldavie ; d’être un lien entre le milieu universitaire moldave et le monde francophone en général (la francophonie étant depuis toujours le promoteur des idées des droits de l’homme, des droits des peuples, de démocratie et de tolérance).

Cette association se proposerait aussi d’offrir une meilleure information sur la réalité sociale, culturelle et politique des autres pays, avec l’espoir de créer ainsi des prémisses pour un changement profond dans la société moldave, les étudiants du présent étant les futurs décideurs de la Moldavie. Après le blocage informationnel que notre pays a subi presque quarante-cinq ans, nous jugeons que l’information est un élément vital et essentiel pour l’instauration d’une vie véritablement démocratique en Moldavie. En plus, moyennant une telle association, nous pourrions connaître les agents économiques francophones de notre pays, qui pourraient nous aider dans la future carrière.

Troisièmement, nous voudrions être présents sur la scène internationale, tant du point de vue scientifique que culturel. Non seulement nous voulons être des diplômés ouverts sur le monde, mais nous voulons aussi être reconnus à travers le monde comme une référence moldave. Nous chercherons ici de l’aide auprès des opérateurs francophones, des ONG-s, du service de coopération culturelle de notre pays, etc.

Je vais conclure sur cette note plutôt optimiste, mais jamais pathétique. Il y a présentement entre les murs de notre université des étudiants et des étudiantes francophones qui laisseront un jour leur marque dans notre communauté et dans la société. Je ne peux pas vous dire qui sont ces étudiants. Ce que je sais par contre, c’est qu’ils seront responsables de la création d’emplois, qu’ils consacreront temps et énergie à des causes sociales, qu’ils rayonneront dans le domaine culturel, qu’ils feront des découvertes importantes, qu’ils imagineront le monde de demain. Nous en profiterons tous un jour. Ici ou ailleurs, ils seront sûrement autres, puisque leurs conditions de vie et d’éducation sont autres, et puisqu’ils veulent être autres.

Merci.

Remerciements : je voudrais adresser de vifs remerciements à mon enseignante, Mme Oxana Capatina, du Département de Philologie Française de l’USM, pour l’aide précieuse dans l’élaboration de l’allocution.