Cinq questions pour comprendre la crise politique en Moldavie

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Article repris sur le site http://www.lemonde.fr

Florent Parmentier a été lecteur à l’Académie des relations internationales et des études diplomatiques de Chisinau en 2000. Il a publié en 2003 La Moldavie à la croisée des chemins (Paris, Editoo). Selon lui, les jeunes Moldaves « sont écœurés par la corruption du Parti communiste ».

La Moldavie est-elle coutumière de ce type de crise politique ?

  • Non, mais ce n’est pas la première fois que ce genre de manifestations éclatent dans le pays. Dès l’indépendance, en 1991, des groupes ont revendiqué le rattachement de la Moldavie à la Roumanie. Cette réunification n’a pas eu lieu, mais, depuis, plusieurs crises ont éclaté sur fond de tensions identitaires. La dernière grande crise marquante date du début de l’année 2003. A l’époque, le gouvernement décide de changer les programmes d’histoire et d’imposer l’enseignement du russe à l’école. D’importantes manifestations éclatent à Chisinau, notamment autour de l’avenue Stefan Cel Mare. Le plus surprenant, aujourd’hui, c’est la radicalisation du mouvement. Le sentiment d’exaspération est très important parce que les conditions de vie sont extrêmement précaires.

Qui sont ces manifestants ?

  • Ce sont des étudiants pour l’immense majorité d’entre eux. Agés de 18 à 26 ans, ils sont allés à l’école dans les années 1990, à une époque où les livres d’histoire présentaient la Moldavie comme une partie de la Roumanie. C’est pour ça qu’on a pu apercevoir autant de drapeaux roumains dans la manifestation. Ces jeunes sont écœurés par la corruption du Parti communiste. Ce qu’ils expriment, c’est avant tout leur rejet du pouvoir en place.

Qu’est-ce qui distingue politiquement la majorité communiste qui vient de remporter les élections législative et l’opposition ?

  • En Moldavie, le clivage gauche-droite repose avant tout sur des questions d’identité. Les partis de gauche sont historiquement proches de Moscou, tandis que les partis de droite regardent vers la Roumanie. Aujourd’hui, le Parti communiste au pouvoir compte dans ses rangs des personnalités sociales-démocrates qui font de l’intégration dans l’Union européenne leur objectif prioritaire. Son arrivée au pouvoir en 2001 coïncide avec le retour de la croissance économique. Résultat : pour beaucoup de gens, notamment les retraités et les habitants des campagnes, communisme rime avec stabilité. A droite, les partis d’opposition comme le Parti libéral prônent un rapprochement avec le voisin roumain. Certains sont même favorables à une réunification, mais les minorités (russophone et turcophone) s’y opposent.

Quel rôle jouent les Etats voisins de la Moldavie dans ce conflit ?

  • Le pouvoir accuse la Roumanie de tirer les ficelles. C’est un discours attendu et assez traditionnel. Je ne pense pas que Bucarest soit réellement derrière tout ça. De son côté, la Russie est satisfaite du résultat des élections et se contente d’appeler au calme. Même son de cloche du côté de l’Union européenne, qui demande également au pouvoir de ne pas s’en prendre aux manifestants.

S’achemine-t-on vers un scénario à l’ukrainienne, avec une « révolution de couleur » qui mettrait à la porte le pouvoir communiste ?

  • Je ne crois pas. En 2004, les observateurs internationaux avaient dénoncé des fraudes électorales massives en Ukraine. Ce n’est pas le cas aujourd’hui en Moldavie. Les élections n’ont pas été complètement transparentes, mais il n’y a pas eu de falsifications massives.

Par ailleurs, les manifestations qui ont lieu à Chisinau ne sont pas suffisamment importantes pour renverser le pouvoir. Je pense que les autorités vont devoir faire un geste d’apaisement. On peut imaginer une médiation hongroise, mais à mon avis le mouvement va s’essouffler. De toute façon, on y verra plus clair après le recompte des voix.

Propos recueillis par Elise Barthet