Discours de la francophonie

Allocution de la ministre Brigitte Girardin (Francophonie) à Chisinau le 21 mars 2006

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RENCONTRE AVEC DES ETUDIANTS FRANCOPHONES
DE MOLDAVIE
ALLOCUTION DE LA MINISTRE DELEGUEE
A LA COOPERATION, AU DEVELOPPEMENT
ET A LA FRANCOPHONIE,
MME BRIGITTE GIRARDIN

(Chisinau, 21 mars 2006)

Monsieur le Ministre,

Monsieur le Président de l’Université,

Mesdames et Messieurs les Professeurs,

Mesdames et Messieurs les Etudiants,

Chers Amis,

Permettez-moi d’abord de vous remercier très chaleureusement de votre
accueil. Je suis particulièrement heureuse d’être avec vous cet
après-midi,
et pour plusieurs raisons.

D’abord parce que nous sommes ici à l’université de médecine, un
établissement prestigieux, avec lequel la France mène un de ses
principaux
projets de coopération bilatérale en Moldavie ; ensuite parce que je
rencontre des étudiants qui ont choisi un cursus partiellement ou
totalement
francophone, notamment au sein des filières gérées par l’Agence
universitaire de la Francophonie (AUF) ; mais également parce que je
découvre un pays de culture européenne que je ne connaissais pas encore
 ;
enfin, parce que nous sommes au lendemain de la Journée internationale
de la
francophonie, que je viens de célébrer à Bucarest.

En effet, en 2006, la Francophonie, dont votre pays est membre à part
entière depuis 1997, s’installe en Europe du Sud-Est : Bucarest
accueillera
ainsi en septembre prochain le 11e sommet de l’Organisation
internationale
de la Francophonie (OIF), et je ne doute pas que la Moldavie aura à
cœur de
prendre une part majeure à cet événement.

Mes rencontres avec les autorités moldaves m’ont déjà montré
l’importance
que porte votre pays à la francophonie, comme le reflète sa candidature
à
l’accueil du sommet de l’OIF en 2012. Notre rencontre conviviale
d’aujourd’hui, au-delà des aspects purement institutionnels, dénote la
vitalité francophone de votre pays.

Qu’est-ce que la francophonie aujourd’hui ?

La francophonie, ce n’est plus seulement la promotion de la langue
française, c’est aussi aujourd’hui la promotion dans le monde de la
diversité des cultures, et particulièrement de la diversité
linguistique.
Les membres de l’OIF sont ainsi à l’origine de la négociation à
l’UNESCO de
la convention internationale sur la protection et la promotion de la
diversité des expressions culturelles, qui a été adoptée le 20 octobre
2005.
Il nous faut désormais œuvrer à la ratification rapide de ce texte par
le
plus grand nombre d’Etats, afin de permettre son entrée en vigueur
effective. Les membres de la Francophonie, réunis à Madagascar, se sont
engagés à ratifier la convention avant le sommet de Bucarest de
septembre.

La Moldavie, pays où l’histoire a voulu que se rencontrent, et se
mêlent, la
culture roumaine et la culture russe, constitue un exemple parfait de
l’esprit et des objectifs de la francophonie contemporaine. Le
multiculturalisme, et le plurilinguisme, constituent pour une très
grande
part la spécificité et l’identité de votre pays. La plupart
d’entre-vous ont
été élevés dans deux langues, le moldave et le russe. C’est une
richesse
extraordinaire, pour votre pays et pour vous-mêmes, richesse que vous
avez
choisi de faire fructifier en y adjoignant la connaissance du français
et,
sans doute aussi pour beaucoup d’entre-vous, celle de la langue
anglaise.
C’est là, je vous l’assure, un choix judicieux, qui vous ouvre au
monde, et
contribue de façon essentielle à votre développement en tant que
personnes
et en tant que citoyens de la Moldavie, qui en retirera à terme de
grands
bénéfices.

La Francophonie d’aujourd’hui, c’est aussi une volonté collective de
promouvoir dans le monde les Droits de l’Homme et l’Etat de droit.

Cette
dimension du projet francophone a, je le sais, une résonance
particulière en
Moldavie. D’abord parce que votre pays, très jeune au regard de
l’histoire,
conduit encore aujourd’hui une transition qui doit l’amener
progressivement
à partager et à faire vivre pleinement, dans ses frontières et dans ses
relations avec le monde extérieur, les valeurs et les pratiques
universelles
des Droits de l’Homme. C’est notamment à vous, la jeune génération de
Moldavie, qu’il reviendra dans les prochaines années d’accompagner et
de
mettre en œuvre cette transition démocratique. Les savoirs que vous
aurez
acquis dans vos études francophones, les expériences auxquelles vous y
aurez
été confrontés, vous fourniront des outils essentiels pour relever ce
défi.

La promotion des Droits de l’Homme est également, au delà de sa
dimension
universelle, une priorité pour la Moldavie, parce qu’elle pose la
question
de ses relations avec l’Europe.

Aujourd’hui la Moldavie, aussi bien la population que ses dirigeants
politiques, s’interroge sur son avenir européen. Cette interrogation
est
compréhensible, je pourrais presque dire naturelle, pour un pays que sa
situation géographique et sa culture rattachent de toute évidence à la
famille européenne.

Les relations de la Moldavie et de l’Europe se situent dans un cadre
institutionnel en évolution, mais dont les Droits de l’Homme, élément
central du projet européen, constituent bien évidemment un élément
majeur.
Membre du conseil de l’Europe, la Moldavie participe aux activités de
cette
institution qui a joué historiquement, et joue encore, un rôle
essentiel
dans la diffusion des Droits de l’Homme et des libertés fondamentales
sur le
continent européen.

L’Union européenne vient de vivre l’élargissement le plus important de
son
histoire : 10 nouveaux Etats membres, voire bientôt 12 si l’on songe
que la
Roumanie et la Bulgarie sont en voie d’achever le processus d’adhésion,
nous
ont rejoint. L’Union a l’ambition d’établir avec ses voisins, actuels
et
futurs, des relations d’une nature nouvelle, fondées sur un
rapprochement
progressif des normes et des valeurs, en matière d’Etat de droit et
d’économie de marché, dans un cadre institutionnel nouveau : la
politique de
voisinage. Dans le cas de la Moldavie, cette ambition a connu une
première
réalisation il y a un peu plus d’un an, lorsque votre pays a, le
premier,
conclu un plan d’action avec l’Union européenne.

Cette feuille de route constitue pour la Moldavie un défi : mettre en
œuvre, sur une période de trois ans, des réformes profondes de son
cadre
législatif et de son fonctionnement administratif, dans une grande
variété
de domaines. La France est résolument engagée, au travers de sa
coopération
bilatérale avec votre pays, à soutenir ses efforts dans les volets où
son
expertise peut représenter un apport.

Au-delà de cette première étape, beaucoup d’entre-vous, et au delà de
cette
salle beaucoup de Moldaves, se demandent bien évidemment où les mène
cette
coopération accrue avec l’Union européenne. Je crois sincèrement que
personne ne peut, à l’heure actuelle, répondre à cette question.

Comme vous le savez, l’Union européenne traverse actuellement elle-même
une
phase d’interrogation, peut-être de doute, à propos de son propre
avenir. La
dernière vague d’élargissement en 2004 a parfois donné le sentiment à
une
partie de l’opinion publique européenne d’une déconnexion entre les
aspirations, voire les craintes, des citoyens de l’Union, et la volonté
d’aller de l’avant de leurs dirigeants. Ce sentiment s’est, pour une
bonne
part, reflété dans l’échec des référendums sur l’adoption du projet de
constitution européenne en France et aux Pays-Bas. Au-delà du prochain
élargissement à la Roumanie et la Bulgarie, l’Union n’est sans doute
plus en
mesure, à brève échéance, d’accueillir dans de bonnes conditions de
nouveaux
membres.

Il est important de comprendre que la notion de limite de
l’élargissement
n’a pas en elle ?même de sens. Elle doit s’apprécier de façon dynamique,
en
tenant compte de la vocation européenne des pays qui aspirent à
rejoindre
l’Union, de la capacité institutionnelle de celle-ci à réussir de
nouveaux
élargissements, mais aussi de la volonté des pays concernés d’apporter
une
contribution à la construction européenne.

De ce point de vue, la Moldavie tient pour une grande part son avenir
européen entre ses mains. La question des prochaines étapes
institutionnelles de ce rapprochement, ou de son calendrier, est en
réalité
secondaire. La Moldavie doit résolument mettre en œuvre les réformes
auxquelles elle s’est engagée, principalement au travers du plan
d’action,
et manifester ainsi dans la pratique sa volonté de partager les valeurs
et
les usages sur lesquelles est fondée l’Union européenne. C’est de cette
façon seulement que votre pays pourra se donner une perspective
européenne.

Et pour conclure ce propos introductif, je crois que c’est à vous,
étudiants
moldaves qui avez déjà choisi l’ouverture sur le monde, qu’il reviendra
au
cours des prochaines années à aider la Moldavie à poursuivre dans cette
voie.

Mais à présent, place à la discussion : je suis ici parmi vous
aujourd’hui
pour dialoguer avec vous, entendre vos messages, vos attentes, et
tenter de
répondre à vos interrogations. Je suis donc à votre disposition pour
vous
écouter, et répondre à vos questions./.