A quand la suppression des visas entre la Moldavie et l’Union Européenne ?

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Article par Gilles Ribardière

A la périphérie de l’Union Européenne, nombreux sont ceux qui souhaitent s’y rendre, pour y étudier, y travailler, ou simplement y séjourner durant des congés. C’est le cas des Moldaves qui pour plus d’un quart des actifs travaillent à l’étranger. Si les ruraux ont plutôt tendance à se rendre en Russie qui n’exige pas de visa, les urbains se rendent plus volontiers dans les pays de l’UE, en Italie surtout, le plus souvent irrégulièrement.

D’autres viennent munis d’un visa, mais doivent se plier à des procédures très contraignantes. Enfin près de 800 000 personnes sont tentées par l’engagement de la Roumanie à faciliter l’obtention de la nationalité roumaine. Et pendant ce temps, l’Albanie et la Bosnie obtiennent pour leurs citoyens l’exemption de visas à compter de la mi-décembre pour se rendre dans un pays de l’espace Schengen. La Moldavie, le 25 octobre, n’a été que la bénéficiaire d’un accord entre les ministres des affaires étrangères des 27 en vue de charger la Commission européenne d’élaborer une feuille de route vers l’abrogation des visas.

On ne peut qu’être satisfait pour les Albanais et les Bosniaques, mais regretter la lenteur du processus pour les Moldaves. Depuis des mois, ils n’ont pourtant pas démérité par rapport au respect des règles de la démocratie, et surtout on rappellera combien ils sont partie prenante de l’histoire de l’Europe du fait de leur latinité ! Une des illustrations de ce fait est la diffusion encore majoritaire de la langue française dans le pays, avec en conséquence sa présence dans l’ensemble « francophonie ».

Etudier en France (ou en Belgique)

Des étudiants parfaitement francophones parviennent à obtenir un visa pour étudier dans nos universités. Ils effectuent la démarche auprès des services consulaires situés à Chisinau. En revanche, si c’est une université belge qui doit les accueillir, c’est à Bucarest qu’ils doivent d’abord se rendre pour déposer la demande de visa, sachant que l’accès en Roumanie n’est guère facile comme nous le décrirons plus loin.

Une fois en France, du fait de leur nationalité, ils doivent se soumettre à des procédures humiliantes de renouvellement des cartes de séjour temporaire auprès de nos préfectures ; ainsi sont-ils obligés de venir dès 3 heures du matin devant la porte de l’administration compétente pour avoir une chance d’être reçus dans la journée pour déposer leur demande… en espérant avoir attendu devant la bonne porte, avoir tous les papiers nécessaires et le nombre suffisant de copies, ce qui n’est pas toujours le cas….

Obtenir la nationalité roumaine

Quant aux candidats à la nationalité roumaine ils doivent suivre un parcours du combattant éprouvant et dispendieux.

Ainsi pour bénéficier d’une accélération de la délivrance du sésame, il est préférable d’aller déposer la demande en Roumanie à Bucarest – seulement le mercredi – ou, tous les jours ouvrables, à Iasi, Galati, Timisoara ou Cluj. Mais en préalable, il faut effectuer une démarche pour un visa auprès d’un des consulats de Roumanie en Moldavie pour obtenir le droit de se rendre dans le pays voisin.

Cet été, les gens ont subi l’épreuve de passer la nuit entière sur le trottoir parfois sous la pluie et dans le froid, à moins d’avoir écrit son nom sur un cahier selon l’ordre d’arrivée. Problème : ce cahier n’est pas géré par l’administration roumaine ; il est de l’initiative des candidats à l’obtention du visa d’entrée en Roumanie. Autrement dit, en revenant pour reprendre sa place selon le rang présumé on peut avoir la surprise d’avoir été rétrogradé …

des Moldaves à l'attente de leur visa devant un consulat de Chisinau
des Moldaves à l’attente de leur visa devant un consulat de Chisinau

Une fois la possibilité de se rendre en Roumanie acquise, la plupart des Moldaves vont plus volontiers déposer le dossier à Bucarest parce qu’ils espèrent qu’en le déposant dans la capitale ils auront une réponse plus rapide. L’épreuve se poursuit : il faut recommencer à passer la nuit devant les services compétents sachant que le nombre de dossiers susceptibles d’être enregistrés est limité à environ 700. Une accélération de l’attente est envisageable, moyennant finance : au moins 500 €, voire 2 000 € versés à des habitués de ce commerce.

Ensuite, le dossier de demande de nationalité roumaine sera instruit, et la réponse donnée dans un délai de cinq mois au moins. Voilà en tout cas ce qui atténue quelque peu l’appréciation de générosité que l’on était tenté de donner au gouvernement roumain.
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Les Moldaves méritent une autre considération. L’argument selon lequel il y aurait risque d’invasion dans les pays de l’espace Schengen ne tient pas : nous l’avons rappelé, plusieurs centaines de milliers d’actifs s’y trouvent déjà. Cette population aspire à être régularisée, à pouvoir circuler librement entre pays d’origine et pays d’accueil. Il en est de même pour ceux qui n’ont pu encore sortir de Moldavie.

Et puis il y a toute une jeune élite, souvent francophone, qui enrichit nos universités et que nous nous honorerions de considérer correctement. L’Union Européenne se doit d’être un espace d’accueil notamment pour ceux qui partagent une même culture.

Cet article n’aurait pas pu être écrit sans les témoignages en particulier de Liliana, Iana, Doina, Eugenia et le regard critique de Florent Parmentier.