A propos d’un article intitulé « Entre Russie et Europe : la voie étroite de la Moldavie »

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Article de Gilles Ribardière.

Snejana Sulima cumule au moins trois qualités pour expliquer aux lecteurs français la situation de la République de Moldavie : elle est d’origine Moldave, elle est titulaire d’un doctorat de droit de l’Université Montesquieu à Bordeaux, elle enseigne à l’Université Alexandru Ioan Cuza de Iasi, ville située certes en Roumanie, mais seulement à quelques kilomètres, de la frontière avec son pays d’origine. On ne doit donc pas s’étonner de la clarté de son article « Entre Russie et Europe : la voie étroite de la Moldavie », publié dans le numéro 50 de juillet-août 2011 de Questions internationales (La documentation Française).

Avec lucidité, elle pointe les handicaps de cet état si jeune, puisque né en 1990 :

  • Dépendance énergétique avec la Russie
  • Agriculture faiblement modernisée
  • Stagnation économique
  • Infrastructures de faible qualité
  • Conditions de vie peu élevées
  • Faible taux de natalité
  • Emigration massive
  • Ingérence de la Russie qui occupe une partie du territoire (la Transnistrie)
  • Eglise orthodoxe séparée entre le patriarcat de Bucarest et le patriarcat de Moscou
  • Instabilité politique.

On pourrait penser, à la lecture d’une telle énumération, que le sort d’un tel pays est scellé : sa survie ne tiendrait qu’à un fil. Et pourtant malgré une évolution cahoteuse depuis 2009, la République de Moldavie trace sa voie étroite entre une Russie dont elle mesure la force et qu’elle sait devoir admettre comme partenaire, et l’Union Européenne avec laquelle elle se lie dans le cadre de la PEV (Politique Européenne de voisinage) et le Partenariat de l’Est.

Snejana Sulima souligne, s’agissant du subtil équilibre entre Russie et Union Européenne, que, d’une part, le grand voisin slave, même s’il soutient le régime de Tiraspol, n’a pas reconnu de jure la Transnistrie en tant qu’Etat de plein exercice et que, d’autre part, l’accord d’association avec Bruxelles apparaît positif.

Une petite interrogation sur un point particulier ; l’auteure semble expliquer que l’échec du référendum du 5 septembre 2010 tient à l’efficacité de la campagne pour le boycott conduite par le PCRM. Certes le discours de ce parti – qu’elle caractérise en ces termes : plus populiste que réellement communiste - a porté ses fruits ; mais comme nous l’avions souligné dans des analyses publiées ici, l’absence d’une culture référendaire partagée par la population constitue aussi une explication quant au faible taux de participation. Ceci rejoint ce que Snejana Sulima observe : la transition du totalitarisme vers la démocratie est « heurtée ».

Mais la République de Moldavie existe ; elle trace petit à petit son chemin, parfois de façon désordonnée, avec des conflits trop fréquents au sein de la classe politique. C’est ce que l’article montre clairement mais sans pour autant sombrer dans le défaitisme.